Edito d'Août 2006 - De l'objectivité et de la critique de jeu

Ceci ne reflète pas l'avis de Ludigaume mais uniquement celui de son auteur.

Lorsqu'on regarde ce qu'est un jeu, il s'avère que c'est indissociable du joueur. Il n'y a pas de jeu en soit : le Monopoly, comme les échecs ou ce que vous voudrez, pourra être un jeu pour certains et non pour d'autres. N'importe quoi peut devenir un jeu (voiture, bouts de bois, relations professionnelles, ....), pourvu qu'on adopte une posture dites "ludique" vis-à-vis de cet objet. Ainsi, il n'y a pas de jeux sans individu. Les jeux au sens commun ont le plus souvent pour particularité de n'être fabriqué que pour jouer et uniquement pour cela, mais pas forcément de permettre à tous de jouer. Définir une catégorie de jeux revient ainsi à définir pour quel usage ludique elle est conçue et non réellement l'activité ludique qui y est associé. Par exemple, dans un précédent édito, j'ai défini les jeux de société comme "des jeux conçus pour être utilisés par au moins deux personnes dans le cadre de l'habitat". Ils sont donc conçus pour devenir des jeux dans un certain cadre (ils pourront d'ailleurs être joué en dehors) et ne sont pas des jeux à part entière en dehors de tout usage.

Que peut être une critique objective sur un jeu de société puisque le joueur ne peut être séparé du jeu pour que celui-ci en devienne un ?

La réponse intuitive à ces questions est mathématique : pour juger le jeu, il faut faire abstraction de soi. Néanmoins, il me semble que cette voie, que j'ai suivie un temps, est fausse. L'objet et l'individu ne se séparent pas puisque le jeu n'est ni dans l'un, ni dans l'autre mais dans la rencontre des deux. Le tout n'est pas la somme des parties.

La seconde réponse qui vient alors à l'esprit est de décrire cette rencontre : de décrire qui est cette personne, quel type d'objet elle a rencontré et quel a été le résultat de cette rencontre. Cette voie est riche mais trop personnelle et surtout trop unique pour être vraiment utile à une personne lisant uniquement cette histoire.

La réponse du critique pourra être alors de multiplier ces rencontres entre lui et le jeu de société afin de décrire plus systématiquement leur résultat. Il cherchera à montrer qu'est-ce qui fait que cette rencontre est un jeu renouvellé à chaque partie : quelles en sont les constantes ludiques. En d'autres termes, il s'agit de décrire qu'est-ce qui a le plus souvent contribué ou empêché de faire que le jeu devienne jeu.

L'objectivité en matière de critique de jeu est alors me semble-t-il, possible mais à deux conditions. La première est d'accepter de prendre en compte toute la complexité et la globalité de l'activité ludique. La seconde est de ne prétendre à l'objectivité que dans sa démarche et non dans le résultat de celle-ci. Ce dernier est en effet difficilement le reflet de la complexité que l'on cherche à saisir, celle de l'homme.

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