Colosseum

Voici un jeu qui colle à merveille à sa maison d’édition. En tant qu’impresario romain, votre but est de réaliser le plus impressionnant spectacle de cirque jamais produit… roulements de tambours et clairons, chants des gladiateurs et rugissements des lions, préparez-vous pour un show des plus grandiose !!!

Et le grandiose, ils le maîtrisent assez bien chez Day of Wonder avec un thème grandiloquent qui n’est pas si éloigné de ce qui fait leur marque de fabrique : nous procurer du rêve en boîte. Donner une âme aux jeux, voilà bien quelque chose qu’ils savent faire à merveille.

Colosseum séduit et convint au premier regard. Le matériel de jeu est tout bonnement stupéfiant. On s’éloigne de Cléopatre et de son « Kitchissime » extrême pour revenir à un matériel plus classique - c’est le cas de le dire – d’une très belle finition et extrêmement agréable à manipuler. Le design est légèrement cartoon avec des tons assez colorés et une ambiance caricaturale mais convenant parfaitement à véhiculer son thème. J’aime beaucoup … il faut une table assez conséquente pour tout placer mais quel plaisir que de déballer un jeu aussi magnifique.

Que demande le peuple ? Du pain et des jeux sans aucun doute …

Day of Wonder l’a bien compris puisqu’ils ont fait appel à un grand monsieur du monde ludique pour réaliser ce jeu, le nommé Wolfgang Kramer, l’un des pontes du jeu à l’allemande. Un bon choix quand on sait que ce monsieur Kramer est l’auteur de très bons jeux comme Tikal, Princes de Florences, El Grande, Maharaja, Java – autant d’indispensables que l’on retrouve dans toute bonne ludothèque. Le plaisir de retrouver un auteur aussi chevronné aux commandes d’un jeu de chez Day of Wonder fait donc évidemment plaisir et, en plus, le monsieur parvient parfaitement à nous convaincre de son savoir faire.

Il fait le choix ici d’une mécanique assez carrée qui paraît bien monolithique au premier abord mais qui révèle vite d’une très grande richesse et d’une très grande finesse. Le jeu est découpé en plusieurs petites phases dont les saveurs sont extrêmement différentes et qui se succèdent tout naturellement. On y trouve une phase de gestion et de planification, une phase d’enchères, une phase de négociation et une phase de production, une grande diversité de phases de jeux qui amènent l’agréable sensation de vivre un jeu complet. Il faut dire que le jeu est découpé pour être le plus accessible possible au grand public, on passe donc de l’un à l’autre, comme on passerait entre autant de mini jeux. Cette diversité est extrêmement divertissante et l’on ne s’ennuie jamais même si les phases on tendance à se répéter.

L’œuvre est menée avec un très grand soin et l’on sent le savoir faire de l’auteur à chaque point de règle. Un jeu dont chaque détail est d’une grande perfection. Cette perfection est extrêmement agréable, d’autant plus qu’elle n’entraîne pas pour autant une très grande complexité, le jeu restant accessible à tous … bien plus par exemple que l’excellent Princes de Florence dont il s’inspire assurément, ce qui est un gage de qualité d’ailleurs.

Les deux jeux ont énormément de points en commun et l’on ne pourra s’empêcher de rapprocher l’un avec l’autre. Malgré ces points communs, l’expérience de l’un et de l’autre est fort différente. Si j’apprécie l’extrême beauté des mécanismes si parfaits des Princes, c’est plutôt la diversité des phases de jeu qui m’a plu lorsque j’ai découvert Colosseum, ainsi d’ailleurs que le plaisir de se laisser porter par l’harmonie des phases de jeu.

Malgré tout, le jeu n’est pas exempt de quelques petits défauts qui ne sont en aucun cas gênant mais peuvent éventuellement laisser un léger sentiment de frustration. Outre un effet de Kingmaking pouvant apparaître lors des derniers tours, mais qui m’a semblé s’effacer avec le nombre de parties et la connaissance du jeu, c’est surtout le rythme du jeu qui m’a paru parfois assez erratique. Il faut dire que l’insertion d’une phase de négociation peut parfois rendre les tours relativement longs, surtout avec les joueurs qui aiment discuter. Le fait de devoir constamment faire référence au tableau des spectacles peut également venir ternir la fluidité de la partie. Défaut que je reproche également à Cléopâtre de la même maison d’édition mais qui m’a semblé moins gênant dans la mesure où les consultations sont souvent simultanées.

Malgré ces quelques petits défauts, Colosseum reste un des jeux qui m’aura le plus impressionné cette année. Sans doute pas l’un des plus inventifs ou des plus originaux mais l’un de ceux dont la personnalité est la plus forte, et la qualité la plus présente. Un jeu qui sait se montrer, se faire apprécier et que l’on ressortira avec toujours autant de plaisir.

 
  • Un Princes de Florence pour tout public
  • Que du bon …
  • Tout le savoir faire d’un maître
 
  • Un rythme parfois imposé

Très Bon