Seigneur des Anneaux (Le)

Le matériel a déjà réjoui plus d'un amateur de dessin fantastique kitsh à souhait mais de qualité. Il est de plus fonctionnel et opulent. Je regrette juste le manque d'un pion pour indiquer qui doit jouer. Coté règles, une FAQ (voir plus bas) éclaircie nombre de points obscurs ou d'erreurs dans la version Hasbro.

Le jeu est une réussite et une réussite. Non, il n'y a pas de faute, pour une fois.

C'est une réussite dans le sens où il s'agit ici de parvenir à un objectif en combinant des cartes suivant leur ordre d'apparition et suivant certaines régles. Les règles sont ici complexes et scénarisées. La complexité vient du nombre d'échelles : la ligne de corruption, celle des événements du scénario et les parcours dans le scénario. Tout le jeu est une recherche du meilleur rapport entre l'avancement des pions sur ces trois échelles. Les joueurs vont par exemple choisir qu'un joueur lance le dé et garder les cartes demandées car elles sont nécessaires pour échapper à l'événement suivant qui les touchera tous. L'aspect coopératif vient ainsi de l'organisation des joueurs entre eux pour "finir la réussite" en trouvant le meilleur compromis.

En fonction des joueurs, viendra se greffer ou non à cette activité des négociations, chacun cherchant à sauver sa peau.

Le jeu est également une réussite dans le sens où c'est un petit bijou pour tout amateur, comme moi, de jeu où on dialogue, où on vit des aventures médiévale-fantastiques et où on réfléchit un temps soit peu. L'articulation entre le scénario et les mécanismes ludiques est excellente. Par exemple, avancer sur le parcours principale de la Moria nécessite de jouer des cartes "combat", pour le Mordor il faut jouer des cartes "voyager". La ligne de corruption des hobbits, qui se rapprochent irrémédiablement de Sauron est une trouvaille ludique géniale, tout à fait intégrée à l'histoire.

Je ne vais pas multiplier les exemples d'intégration. Le tour de force véritable est que tout ceci est fait avec un équilibre presque parfait. On récupére des cartes spéciales (des cartes valant double "combattre", "voyager"..etc) en fonction du lieu (beaucoup d'objets elfes en Lotharien par exemple) et des cartes normales tout au long du jeu. Ceci permet aux joueurs de se réaprovisionner en cours de jeu et cela devient donc autant d'enjeux stratégiques. Pourtant, il va falloir dés le début réfléchir aux sacrifices à faire pour économiser des cartes et atteindre l'objectif final. Le hasard joue un rôle important mais tout à fait contrôlable si les joueurs sont bien organisés.

Le jeu à deux est malgré tout trop dur lors des premières parties (prenez deux hobbits chacun dans ce cas). Mais de trois à cinq joueurs, ça tourne. Le défi est toujours là. Dernier point sur le nombre de joueur : n'oubliez pas qu'une réussite se joue avant tout seul. Celle-ci également, même si elle perd beaucoup de son charme en solitaire.

Les joueurs expérimentés pourront placer Sauron de plus en plus proche des hobbits dès le début de la partie pour corser le jeu. Le jeu pourra néanmoins devenir répétitif au fil des parties, puisqu'il se renouvelle peu une fois qu'on a une façon de gagner. Les extensions sont là pour combler ce défaut. Enfin, ce jeu nécessite de jouer ensemble, ce qui implique de jouer avec des joueurs de même niveau : il n'y a rien de plus ennuyeux qu'une partie où un joueur expérimenté dit ce qu'il faut faire au groupe...à moins de ne pas suivre ses conseils, mais ne comptez pas vaincre Sauron facilement dans ce cas !

Indispensable