Thème du jeu


Hermagor, cité médiévale et carrefour commercial de tout le royaume, est en effervescence. C’est le jour du marché, les marchands se pressent pour acheter les denrées les plus rares. Blé, sel, armes mais aussi reliques des temps anciens, œufs de dragons ou littérature pieuse, tout s’échange, se vend et se négocie dans la cité aux milles marchés. Et pour ceux qui tenteront l’aventure, les contrées environnantes sont avides des biens et des produits de la cité. De quoi s’enrichir rapidement et sûrement. Mais la concurrence est rude en ce bas monde et seul le marchand le plus malin et le plus sage saura faire fructifier son affaire !

Cela ressemble à quoi ?


Hermagor - 1
Hermagor - 2
Hermagor - 3
Hermagor - 4
 

L'avis de Stéphan

De 3 à 5 parties jouées - 24 janvier 2007
 
Indispensable
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A Essen l’an dernier, on m’avait dit beaucoup de bien de ce jeu d’Emanuele Ornella à la consonance et à la présentation on ne peut plus baroque, ce qui m’avait d’ailleurs un peu chagriné à l’ouverture de la boîte. Les règles et le thème assez embrouillés – tout comme le plateau de jeu d’ailleurs - ne m’avaient pas non plus franchement excité. Il faut dire que cette histoire de marchands ambulants qui partent vendre leurs courses, fussent-elles des œufs de dragons et autres reliques magiques, est loin d’être très trépidante - faire du porte à porte n'étant pas une vocation qui fait rêver …

Et pourtant, après une première partie, j’ai réalisé à quel point il est déplacé de se fier à une première impression. Hermagor est un excellent jeu dont les mécanismes ont été conçus par un véritable orfèvre ludique.

Hermagor est un hybride de jeu de majorité et de jeu de parcours empruntant ici et là des mécanismes et des idées de jeu. On y trouve un peu de Elfenland, un peu d’Himalaya, un peu de China, un peu d’El grande ; quelques jeux qui me viennent à l’esprit à l’instant ou j’écris ces quelques lignes. Mais limiter Hermagor à ces quelques jeux seraient une grave erreur : ce jeu possède sa propre personnalité qui n’a absolument rien à envier aux quelques titres cités ci-dessus.

Petite analyse de ce petit bijou ludique.

Hermagor met en scène des marchands de la riche et puissante cité d’Hermagor où la concurrence est rude pour l’occupation commerciale des régions avoisinantes. Chaque semaine, ces marchands font leur achats au marché de la cité puis partent vendre les denrées ainsi collectées dans les contrées voisines. Chaque fois qu’ils traversent et vendent dans un village, ils installent des comptoirs commerciaux pour asseoir leur activité. Une fois qu’un comptoir a été installé dans tous les villages bordant une même région, cette région est considérée comme «monopolisée» (excusez-moi pour ce terme barbare) et rapporte un bonus commercial substantif. Mais rien n’est simple dans le monde exaltant de la grande distribution et il ne suffit pas d’occuper des régions pour l’emporter, il faudra aussi étendre son activité dans toutes les régions et occuper avec intelligence la grande route commerciale qui jalonne le pays. Trois axes possibles de profit qu’il faudra gérer avec soin pour faire plus de profit que la concurrence.

Un pur jeu commercial donc, avec un thème assez alambiqué qui semble plaqué aux mécanismes mais qui se relève extrêmement précieux à l’usage pour bien comprendre et expliquer les règles mises en œuvre. Un petit manque de limpidité qui est peut-être le point faible de ce jeu - mais je reviendrai sur ce dernier point.

Le jeu lui-même est une succession de deux phases: l’achat des marchandises au marché et le commerce de ces dernières dans les différentes régions.

La phase du marché constitue la phase majeure du jeu, la plus ludique mais aussi la plus importante pour s’assurer les meilleurs choix dans la phase suivante. Une bonne distribution commençant par un bon approvisionnement, la bataille pour obtenir des produits intéressants risque donc d’être impitoyable. Point de répit pour le marchand en mal d’acquisitions, il va falloir faire turbiner ses cellules grises pour obtenir une, voire deux, tuiles désirées et souvent pas mal d’autres produits que l’on ne voulait pas – pour le plus grand plaisir des autres joueurs d’ailleurs. Cette phase de jeu est féroce, extrêmement vicieuse et surtout très intense. Point d’orgue à tout cela, tout se qui se passera ici aura des répercussions sur l’organisation et la gestion de la phase suivante. De terribles bras de fer entre les joueurs en perspective !

La phase suivante est moins interactive mais non moins intéressante. Choisir le meilleur parcours – le moins coûteux en terme de déplacement et le plus intéressant en terme de rendement – pour écouler au mieux les marchandises récoltées est essentiel pour qui veut s’enrichir sans trop dépenser ni se dépenser. Selon ce que l’on aura réalisé lors de la phase précédente, il s’agira alors d’avoir au mieux l’esprit pratique et le sens de la logistique et au pire, un grand sens de l’improvisation et de la modification de plans finement agencés. Et oui, ne s’improvise pas marchand ambulant qui n’est pas capable de modifier un peu le parcours prévu.

L’interaction, l’imbrication très fortes entre ces deux phases du jeu et les autres mécanismes qui se parsèment ici et là obligent à toujours avoir tous les éléments du jeu en tête et à tenir en compte tous les paramètres de victoire. C’est évidemment un challenge passionnant qui fera le plaisir des joueurs les plus acharnés mais qui risque de faire peur aux joueurs occasionnels. Hermagor n’est pas un jeu facile d’accès – en tout cas pas un jeu des plus familial. D’autant plus que la lisibilité des éléments constitutifs du jeu n’est pas des plus facile : graphismes baroques et ambiance « film des Carpates » ne font pas bon ménage avec clarté et visibilité. Un petit point négatif qui ne facilite pas la lecture de la partie et rend parfois difficile une bonne appréciation du cours et des enjeux.

Mais il ne faut pas s’arrêter là car ce jeu est réellement excellent dans sa conception. Les quelques joueurs qui l’ont essayé n’ont pas été déçus par sa richesse et sa complexité qui laissent présager une excellente rejouabilité et un plaisir sans cesse renouvelé.

 
  • L’imbrication très forte des mécanismes du jeu. Rien n’est laissé au hasard
  • Cérébralement très intense
 
  • Le thème qui ne fait pas rêver
  • La charte graphique – certes assez jolie – mais peu lisible
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