Edito d'avril - Du jeu et du joueur

"Ce jeu possède trop de hasard."
"Ce jeu n'est pas contrôlable."
"Les joueurs subissent le jeu."
...

Vous trouverez souvent ce type de constat dans des critiques de jeux ou dans le bouche de joueurs. J'apprécie moi-même peu les jeux sur lesquels l'influence des joueurs est faible. J'ai remarqué que certaines personnes de mon entourage ont des goûts complétement inverses. Ils préférent sans hésiter des jeux où le contrôle est faible, des jeux qui les portent et les surprennent par leurs rebondissements. Le monopoly par exemple fait partie de ces jeux et possède donc cette qualité de ne pas demander beaucoup d'effort.

Il serait un peu court de diviser la population des joueurs en deux catégories : ce qui aiment être passifs et ceux qui préfèrent être actifs. La réalité me paraît plus complexe.

Souvent, ces joueurs dont je parlais précedemment repondent à mes propositions de parties ludiques par, par exemple, un "oui, mais un jeu où on ne se prend pas la tête". Ils sont prêts à être actifs dans le jeu, mais pas sur le plan intellectuel. Certains accepteront les jeux basés sur l'éloquence, sur la dextérité, sur l'endurance ou encore ceux basés sur la perception. Cette disctinction se fait prioritairement sur la capacité qu'il va être nécessaire de mettre en oeuvre. Le thème du jeu ou ses mécanismes viennent le plus souvent après.

Un jeu de société pourrait ainsi se décrire sur plusieurs dimensions : perception, habilité, éloquence, réflexion et endurance, chacune ayant un pôle actif et un passif.

Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de description de jeu à partir de ces dimensions. En bordeaux, le degré de passivité que permet le jeu sur les cinq dimensions et en bleu le degré d'activité qu'il demande.





Il est maintenant tout à fait envisageable de réaliser son propre profil. Par exemple, vous trouverez ci-dessous mes préférences ludiques.



Cela ne surprendra personne : il semble que Caylus fournisse le graphique le plus proche du graphique de mes goûts !

Le but n'est surtout pas de dire que tel jeu et meilleur qu'un autre. Toute la question est de savoir pour qui. Le monopoly, comme tous les jeux, correspond aux goûts d'individus (ceux aimant les jeux permettant d'être passifs avec un peu de réflexion et de négociation) et surement même d'un trés grand nombre d'individus étant donné son succès (même si d'autres facteurs jouent comme le marketting, l'offre...).
Le but n'est pas non plus de prétendre à l'exhautivité des dimensions. Il est fort possible que les cinq dimensions que je propose soit insuffisante, néanmoins elles permettent je pense d'illustrer mon propos.
Enfin, il est fort probable que le type de représentation graphique que j'ai choisie ne soit pas le plus pertinent.

Le but est surtout de lier fortement les qualités d'un jeu de société au public à qui il est destiné. Mais en sortant des caricatures que créent les catégories du type "non joueurs" ou "famille" et en permettant finalement d'être plus positif vis-à-vis de tous les jeux et tous les joueurs.
Par Xavo - 5 avril 2007

16 commentaires

  1. Jean-Francois 10:07 02.04.2007

    La demande du jeu "pas prise de tête" est un grand classique. Je l'ai effectivement rencontré un grand nombre de fois avec des gens habitués aux jeux de "grandes surfaces" (Monopoly, Trivial, etc...).
    En fait, cette requête me semble être plus généralement à traduire par quelque chose comme "un jeu où les explications ne sont pas longues".
    Pourtant, en y allant progressivement, on parvient souvent à les amener vers des jeux auquel il aurait été inenvisageable de les faire jouer initialement.
    Donc je ne classerais pas nécessairement les joueurs. Beaucoup peuvent évoluer, mais ne savent simplement pas que ça pourrait leur plaire. Ils ont des à-priori.
    Je pense avoir fais partie de ces gens là pendant longtemps. Puis j'ai fais ce parcours par moi-même, avec l'aide d'internet pour éviter les faux-pas.

  2. xavo 10:34 02.04.2007

    Le souhait de vouloir des règles peu complexes se confond avec le souhait de jouer à un jeu qui ne le sera pas.
    Les goûts changent effectivement et décourvrir de nouveaux jeux aide évidemment à cela. Une personne peut d'ailleurs avoir des goûts variables d'un jour sur l'autre ou d'un moment à un autre. Un individu pourra par exemple vouloir jouer à du "prise de tête" en début de soirée et du "léger" en fin de soirée.

    Néanmoins, tu écris "Beaucoup peuvent évoluer, mais ne savent simplement pas que ça pourrait leur plaire. Ils ont des à-priori.". Là, je ne suis plus totalement d'accord avec toi. Tu semble émettre un jugement de valeur en utilisant les termes "évoluer" et "apriori". Comme si les jeux de "grandes surfaces" (Monopoly, Trivial, etc...) étaient inférieurs à d'autres. Oui, beaucoup de personnes peuvent changer mais que ce soit vers les jeux de "grandes surfaces" (Monopoly, Trivial, etc...) ou vers les jeux modernes. N'avons nous pas nous-mêmes, amateurs de jeux modernes, souvent des apriori ?

    Le bon jeu est celui qui convient à une personne donnée à un moment donné. C'est ce que j'ai voulu dire dans cet édito.

  3. Jean-Francois 14:58 02.04.2007

    J'ai bien compris ton propos, mais je ne suis pas tout à fait d'accord ;-)

    Je fais partie de ceux qui pensent que malgré toute la subjectivité d'une appréciation, il reste une partie objective sur la qualité d'un jeu.
    Si on part du principe que le bon et celui qui trouve son public, tous les succès du box office sont des bons films, les chansons du top 50 (ou de la star-acc) de bonnes chansons et les livres des candidats à l'élection présidentiel de bons livres. je ne pense pas détenir la vérité absolue, mais je pense qu'une chose banale bien "emballée" se vent souvent bien plus qu'une chose bonne mal emballée.
    Je ne fais pas partie de ceux qui vont dénigrer systématiquement un jeu grand public, certains sont bien conçus, mais je pense que certains éléments apporté par d'autres jeux y apporte une richesse supplémentaire, souvent totalement inconnu du grand public et justement trop souvent injustement assimilés à de mauvais jeu parceque méconnus.

  4. Jean-Francois 15:07 02.04.2007

    D'autre part, je ne pense pas que les goûts changent vraiment d'un jour à l'autre. Je pense qu enos envies et états d'âmes font qu'on appréciera pas de la même façon une chose.
    Mes goûts en jeux n'ont pas beaucoup évolués depuis pas mal d'années, mais parfois je n'ai pas envie de jouer à certains de mes jeux préférés. Pour autant, je sais que j'aime ce jeu, que j'y rejourais avec plaisir d'autres fois. Pire, si on me force la main pour y jouer je prendrais peut-être grand plaisir à y rejouer, alors que je n'avais pas vraiment envie initialement. Et là je me dirais, il est vraiment bon ce jeu ;-)

  5. XavO 15:44 02.04.2007

    En fait, je ne comprends pas avec quoi tu n'es pas d'accord !

    Je n'ai jamais dit que tous les jeux étaient bons, j'ai juste dit qu'un individu trouvera un jeu bon si celui-ci lui convient. Il est fort possible que ce jeu plaise plus ou moins à cet individu parce qu'il est est plus ou moins bons, ou qu'un jeu ne plaise à personne parce qu'il est mauvais. Un jeu qui échoue à répondre à un besoin ou qui le fait mal sera ainsi plus ou moins mauvais : il reste tout à fait possible de juger en partie objectivement des qualités d'un jeu. J'ai d'ailleurs précisé que de nombreux facteurs avaient leur mot à dire, comme l'influence du marketting, la disponibilité des produits...etc. On est bien d'accord, non ?

    Mon propos est surtout d'élargir un peu la palette des besoins auxquels répond un jeu : si un jeu permet d'être passif ou de ne pas trop faire réfléchir, pourquoi ne pas admettre que cela peut être une qualité si des personnes y prennent du plaisir ?
    Il s'agit surtout de ne pas comparer n'importe quoi (genre le monopoly et antiquity). Pour ma part, cela ne change rien ni à mes goûts, ni au fait que je trouverais toujours le Monopoly mauvais, néanmoins j'admet qu'il peut être apprécier par d'autres.

    Concernant les goûts, je suis d'accord avec toi. Les envies changent d'un jour sur l'autre, parler de changement des goûts est abusif. Néanmoins, cela ne change (!) pas grand chose : si j'ai envie d'un jeu simple, rapide et drôle, je ne prendrai pas de plaisir à jouer ni à Antiquity, ni au Monopoly.

    En tout cas, merci à toi pour tes réflexions. L'édito est trés souvent un excercice où l'exploration est de rigueur et j'avoue ne pas toujours savoir ou je vais même si je me dis qu'il y a quelque chose d'intéressant au bout ! Tes réflexions m'aident à "structurer" ma pensée.

  6. llouis 17:16 02.04.2007

    Ce qui est amusant, quand on demande un jeu "pas trop prise de tête", c'est qu'en réalité, comme c'était très justement expliqué, on cherche à satisfaire son humeur du moment. Et par exemple, j'ai déjà vu un non-joueur refuser un Puerto Rico (trop complexe !!!) et accepter (et apprécier !) Imperial derrière. Pourquoi ? Il préférait être banquier suisse que contremaître...

  7. Guillaume 20:44 02.04.2007

    De la qualité intrinsèque des jeux

    C'est amusant : j'ai déjà eu une telle conversation avec quelqu'un qui reprenait, peu ou prou, les arguments de Jean-François en soutenant qu'il existait de fait un classement objectif des jeux. Il reposait son argumentaire, que je respecte, sur l'existence de "chef d'oeuvre" dans divers domaines (ex. Citizen Kane au cinéma) qui sont universellement reconnus. Il ne voyait pas pourquoi on ne pourrait pas en dire autant des jeux. A ce titre, le classement que l'on peut trouver sur des sites comme TT ou BGG, issus de l'avis d'amateurs éclairés, constituait de facto un classement pertinent. Sur le coup, cela m'avait un peu choqué : je ne voyais pas comment on pouvait dire d'emblée qu'un jeu était objectivement meilleur qu'un autre.

    Maintenant lorsqu'on prend l'argument contraire, je suis (toujours un peu) choqué dans l'autre sens : je ne pense pas qu'on puisse soutenir que le Monopoly (bien qu'on en dise beaucoup plus de mal qu'il n'en mérite) est (intrinsèquement) aussi bon que Tigre & Euphrate par exemple. Qu'on l'apprécie, je n'en doute pas. Qu'il donne du plaisir à ceux qui le pratique, non plus (je ne doute pas d'ailleurs d'en racheter un pour le faire découvrir un jour à une éventuelle progéniture) mais de là à dire que tous les jeux se valent, il y a un brin de chemin quand même (et l'exemple du Monopoly n'est peut-être pas le mieux choisi non plus).

    Qu'est-ce que tout cela m'inspire ? Qu'il y a très clairement des jeux pour tous les goûts mais qu'il y a surement des typologies de goûts sur lesquels des jeux tirent mieux leur épingle que d'autres. Je pense qu'il y aurait une grande pertinence à définir des typologies d'appréciation qui permettrait de mieux caler ses recherches puisque nous sommes nombreux à rechercher le ou les jeux qui compléteront au mieux notre ludothèque compte tenu de nos affinités. Pour le moment, on n'a pas trouvé mieux que de rechercher son alter-ego ludique : celui qui apprécie les mêmes jeux que soi et, surtout, n'apprécient pas les mêmes jeux (car c'est surtout sur les jeux que l'on n'aime pas/moins contrairement aux autres que l'on va se trouver des affinités).

    Bon, c'était un long commentaire, quelque peu destiné à enfoncer des portes ouvertes.

  8. Guillaume 21:29 02.04.2007

    Des graphiques actif / passif

    En lisant cet article, je me suis fait un certain nombre de réflexions. Je me permets de les livrer ci-après.

    Ma première réaction en voyant ces beaux graphiques concerne le mode de calcul des critères. Lorsque je vois des pourcentages, je me pose toujours la question de comprendre leur estimation. J'avoue avoir du mal à les convertir en appréciation et encore moins à les valoriser pour d'autres jeux que j'ai en tête.
    Et lorsque l'on passe de l'évaluation des jeux à celui des goûts de la personne, je suis encore plus troublé... Qu'est-ce qu'un 20%, un 50% ?
    L'évaluation de critères subjectifs sur la base d'un système décimal précis m'étonne et me choque un peu (mais je suis facilement choqué, visiblement).

    Ensuite, je regarde l'estimation des critères sur quelques jeux et je me demande si j'aurais dit que tel ou tel jeu était plutôt ceci ou plutôt cela... Sur la seule base du nom des critères, j'aurais donné des tendances différentes. Si l'on met derrière l'endurance, la capacité physique à s'attreindre à un effort sur une longue durée, Caylus et ses 3h de jeu me paraît autrement plus rude que Jungle Speed par exemple. Sur un autre critère, je trouve que la perception est malmenée. A Caylus, il faut savoir regarder partout y compris chez les autres et savoir collecter de l'information. Cela valait-il 1/10 ? Je ne sais pas : tout dépend de la manière dont sont définis les critères. Il n'est pas toujours facile de traduire par un seul mot les critères que l'on a en tête (surtout lorsqu'on essaye de synthétiser.

    Troisième remarque qui me vient à l'esprit : pourquoi ces 5 critères ? J'ai l'impression qu'ils correspondent à des typologies de jeu :
    * Jeux de réflexion
    * Jeux d'adresse
    * Jeux d'ambiance
    * Jeux d'observation
    Je reste un peu perplexe devant le dernier critère... Je n'arrive pas à lui associée de typologie de jeu et rien d'autre ne me vient à l'esprit que la durée du jeu.
    Ecartons ce dernier et regardons ce que nous avons : au regard de la majorité des jeux, deux catégorie pour les jeux d'adresse et d'observation me paraît un peu maigre par rapport à la vague qui se rapport à la réflexion. J'ai l'impression qu'il y a un réel déséquilibre entre ces critères.

    Quatrième commentaire : j'ai l'impression (en tous cas, c'est un ressenti) que les qualificatifs ne sont pas très bien choisis.
    La mise en avant de "réflexion", forcément élogieux et souvent galvaudé, par rapport aux autres critères en fait partie. Est-ce que "calcul" n'aurait pas été à la fois plus précis et moins ostentatoire (à défaut de trouver un qualificatif plus approprié). J'avoue : je chipote un peu sur le sujet...
    De la même manière "actif" et "passif" sont des choix étonnant et non plus dépourvu d'a priori.

    Une fois ces commentaires (pour beaucoup de forme) faits, je me suis posé la question - je suppose comme beaucoup - de l'évaluation des critères appliqués à mes goûts.
    Les jeux de dextérité ne m'amusent pas beaucoup. Les jeux d'ambiance me voient rire et sourire mais je ne suis pas le meilleur client. Côté éloquence : j'apprécie un Diplo de temps en temps mais j'avoue aimer plus le côté placement et la tension générée que le côté diplomatique en lui-même. Il est agréable de réussir à prévoir le mouvement ou l'attitude d'un joueur mais ce n'est pas le plaisir du manipulateur de marionnette : celui de contrôler.
    Reste la réflexion et l'endurance. Côté réflexion, j'apprécie qu'il y en ait mais j'aime qu'il y ait une part d'incertitude pour la tension du jeu et pour sa fluidité. Si Caylus est le pinacle de la réflexion, alors je ne m'y retrouve pas vraiment.
    Côté endurance, ma durée de jeu favorite est aujourd'hui autour d'1-2h même si je jouais plus longuement par le passé.

    Bon, si j'imagine des pourcentage et que j'en fait la moyenne, ça n'irait pas forcément très haut. Serais-je un joueur passif ?
    En fait, je sais :
    1/ Que je suis plutôt concentrés autour de jeux similaires (bcp de placement)
    2/ Que j'aime des jeux où l'interaction est uyn peu bridée (inhabituel ?!)

    Mais j'avoue avoir du mal à spontanément me ranger dans la catégorie "passif".

    Conclusion :
    J'ai du mal à adhérer à la segmentation réalisée et également du mal à la comprendre dans l'absolu (quel serait par exemple le profil d'un T&E, d'un Schotten-Totten, d'un Ra ?). Je me demande s'il n'y a pas de choix plus judicieux à faire en matière de critères et une nomenclature à donner. Par contre, j'adhère assez à une idée de représentation graphique des goûts même s'il n'est pas aisé de la réaliser. Le côté actif-passif est singulier. Il revient toujours à placer une note unique sur un critère mais il ajoute un côté "je suis plutôt un joueur actif" ou "je suis un plutôt joueur passif" qui me laisse songeur... Qu'est-ce qu'un joueur bleu ? Un passionné, un gros joueur ? Qu'est-ce qu'un joueur rouge : un joueur spécialisé ? un dilettante ?

    Bon, ça peut paraître un peu négatif comme ça (une tendance naturelle à voir les verres à moitié vides) mais j'espère que c'est constructif. C'est en tous cas une réaction spontanée à la lecture de l'article sur un sujet qui m'interpelle.

  9. Guillaume 21:37 02.04.2007

    Oulalah... Quand je me relis : que de fautes d'orthographe ! Quel dommage de ne pas pouvoir éditer ses commentaires...

  10. XavO 22:39 02.04.2007

    Merci Guillaume pour toutes ces réflexions.

    Je ne vais malheureusement pas prendre le temps de réagir sur tout.

    Premier point : je reprécise que je n'ai jamais dis et ne pense pas que tous les jeux se valent. Je pense juste qu'il ne faut pas comparer ce qui ne se compare pas : un jeu de rélfexion avec un jeu d'ambiance...etc. Donc pas de comparaison à mon avis entre E&T et le Monopoly. On pourra par contre dire que E&T est un bon jeu dans sa catégorie alors que le Monopoly est plutôt moyen dans la sienne (trop long et répétitif à mon avis).

    Second point : les critères que j'ai utilisé sont complétement à revoir à mon avis. Ils ont été choisi rapidement pour me permettre d'illustrer l'idée que je voulais développer. Donc tu as tout à fait raison sur leurs lacunes (je l'ai d'ailleurs précisé dans l'édito). Pour expliciter d'où ils viennent, j'ai essayé de me rapeller quelques caractéristiques qui définissaient mes personnages de jeu de rôles ! Le but est bien de savoir à quel talent le jeu fait appel plutôt qu'à quel type de jeu on a affaire. Je me suis même fait la réflexion que, du coup, cela pouvait fonctionner avec le sport. L'objet de l'édito (ce n'est pas un article !) n'est pas de proposer une grille clé en main de classification des jeux et des joueurs. Si c'est surement possible de construire quelque chose sur cette base, il reste pas mal de travail avant d'y parvenir. Sans compter qu'il ne suffit pas qu'un jeu fasse appel au talent que l'on aime "mettre en jeu", il faut encore qu'il soit réussi, que le thème nous plaise, que la durée colle...etc.

    Troisième point : la dimension "passif" et "actif" se veut justement peu connotée. J'aurai par exemple pu parler d'absence et de présence du critère. Néanmoins, ainsi on ne donne plus de valeur à la capacité d'un jeu à permettre à un joueur d'être passif sur un plan. Car si le joueur ne fait rien, il faut pourtant bien qu'il y ait jeu. Le jeu qui permet d'être le plus passif est, il me semble, le bandit-manchot ou machine à sous. Comme, il y a un biais monétaire pour ce jeu, penchons-nous sur le Jeu de l'Oie. Toutes les dimensions seraient nulles mais il y a pourtant bien "jeu". Il est possible d'y jouer sans être actif. Il est possible que sa (faible) valeur vienne d'ailleurs du fait qu'il soit possible d'y jouer sans réfléchir, sans se fatiguer...etc. C'est tout mon propos, et j'insiste là-dessus : il faut redonner à la passivité ludique ses lettres de noblesse. Il n'est pas si évident de faire un jeu amusant sans solliciter trop les capacités joueurs !

    Dernier point : il ne s'agit pas non plus de dire qu'un joueur est plutôt passif ou actif sur la base de la surface de bleu ou de rouge qu'il a dans son graphique ! Cela n'a pas de sens à mon avis. Cela n'a de sens que pour le critère dont on parle. Par exemple, personnellement, j'aime peu les jeux qui font appel à la mémoire (un critère oublié !) et je préfère être passif sur cette dimension. Du coup le choix de la représentation graphique en surface est trés maladroit, je m'en aperçois maintenant.

  11. L'homme de la pampa 23:42 02.04.2007

    "L'édito est trés souvent un excercice où l'exploration est de rigueur et j'avoue ne pas toujours savoir ou je vais même si je me dis qu'il y a quelque chose d'intéressant au bout ! Tes réflexions m'aident à "structurer" ma pensée."

    Très juste.

    La question des critères de qualité d'un jeu qui sous-tend ton édito est très dure à cerner. Ta distinction passivité/activité est fort intéressante à cet égard. A mon sens un bon jeu serait un jeu qui rend le plus actif possible dans l'une au moins des compétences mises en jeu. Et j'ajouterais au nombre de celles-ci l'imagination ou la capacité à rêver.

  12. Guillaume 06:34 03.04.2007

    1/ Concernant E&T et le Monopoly, je crois que la vrai certitude est que ces jeux ne sont pas de la même époque. Les jeux allemands modernes sont le fruit de beaucoup de réflexion sur le rythme de jeu, la participation des joueurs, l'équilibre, etc. Ils s'appuient sur un historique de jeux pré-existants plus important. Il y a peu de jeux anciens (si l'on exclut les classiques abstraits) qui ont réussi à voyager à travers les âges sans se démoder (je pense par exemple à Diplomacy, Acquire ou Rome & Carthage).

    2/ L'idée d'une inspiration "jeu de rôles" m'a traversé l'esprit. Je comprends mieux leur choix et le fait que ce fut une sélection rapide.

    3/ Ca mérite plus ample discussion sans doute mais une échelle actif-passif est équivalent à l'évaluation d'un critère unique. Je trouve, mais c'est subjectif, qu'une échelle à double entrée (qui oppose deux critères comme l'on peut en trouver sur le site de Rody par exemple). Un bon exemple (qui peut aussi être discuté) est illustré dans l'article suivant (en anglais) :
    p://www.thegamesjournal.com/articles/RatingGames.shtml

    4/ "il faut redonner à la passivité ludique ses lettres de noblesse". C'est peut-être une simple question de sémantique mais j'ai du mal à adhérer à ce point de vue. Je préfère personnellement opposer "calcul" à "instinct" ou "prise de risque" à "contrôle" que passif à actif. Parce qu'en dehors de réflexion, il s'agit plus d'aimer ou de ne pas aimer les jeux d'adresse, de mémoire, etc. Enfin, ce n'est que mon humble avis.

  13. XavO 08:09 03.04.2007

    Je suis allé voir le papier que tu mets en lien. Les lacunes de mon vocabulaire en anglais m'empêche d'accéder à la finesse des critères mais je crois que j'ai bien compris le principe.

    Ce qui m'ennuie dans la démarche est que l'auteur attribue une note avec un pôle à zéro et un à cinq et qu'il fait des sommes des critères obtenus. Il n'est plus du tout descriptif par rapport au jeu. Il édicte quels pôles sont valorisés et quels pôles sont moins valorisés. C'est trés bien pour rester dans ses certitudes sur quel type de jeu est meilleur qu'un autre, mais impropre à représenter la variété des goûts ludiques.

    Je préfère, dans le même style, ce que propose Reixou sur son site avec des échelles non numériques ou aucun pôle n'est valorisé.
    Ex : http://reixou.free.fr/?p=596

    Je pense franchement que certains joueurs apprécient de ne pas avoir de décision à prendre, qu'elles soient "contrôlées" ou "par prise de risque" ne permet pas de rendre cette idée. Je crois que tu donnes simplement trop de valeur négative à "passif".

  14. Guillaume 20:34 03.04.2007

    "certains joueurs apprécient de ne pas avoir de décision à prendre"

    Lorsque je lis ça, je pense savoir à quoi tu penses. Si l'on revient sur le JdR, on voit typiquement lors de tournois des joueurs qui participent peu à la table. Ils semblent se satisfaire de suivre l'histoire et de jouer des rôles de spécialistes. J'avoue que j'ai rencontré plusieurs fois ce type de joueur et que leur comportement m'a surpris.

    Appliqué au jeu de plateau, j'ai plus de mal à le concevoir. Ne pas avoir de décision à prendre revient à ne pas jouer où à laisser la chance guider totalement ses pas.

    Personnellement, j'opposerai plutôt le caractère immédiat ou progressif du plaisir/de la découverte d'un jeu. Il y a des gens qui n'ont pas envie de s'investir plus que ça dans un jeu : c'est l'occasion de passer un bon moment, rien de plus, rien de moins. Ca ne veux pas dire qu'ils ne seront pas actifs dans la partie mais cela veux dire qu'il attende un retour sur investissement immédiat. Dès l'ouverture de la boîte, le plaisir de jeu doit être là : plein et entier. Si le jeu se dévoile au fil des parties, il ne leur conviendra pas.

    A contrario, les joueurs invétérés sont prêts à jouer et rejouer sur la base de prémices de sensations. S'ils sentent qu'il y a plus derrière le jeu, ils seront prêts à se lancer dans une nouvelle partie, parfois même à la suite de la première. Ils sont plus demandeurs de jeux où il y a des façons de jouer qui rapportent plus que d'autres, où l'effet d'expérience est important.

    Mais, j'ai toujours du mal avec le passif-actif...

  15. XavO 21:07 03.04.2007

    "Appliqué au jeu de plateau, j'ai plus de mal à le concevoir. Ne pas avoir de décision à prendre revient à ne pas jouer où à laisser la chance guider totalement ses pas."

    Voilà, c'est tout à fait ça !
    Certains joueurs aiment ça.

  16. Paul 10:06 07.06.2007

    Mais peut-on encore les qualifier de joueurs ?
    Ne serait-ce pas plutôt des consommateurs ?

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