Lumière sur : le kingmaking et l'éthique du joueur

Lumière sur le kingmaking


Au hasard de mes pérégrinations sur la toile ludique, je suis tombé sur cet échange intéressant sur le site Tric-Trac : ici

On y parle d'un phénomène bien particulier dénommée par les anglo-saxons "kingmaking" (faiseur de roi). Il s'agit d'une situation de fin de partie où un joueur qui ne peut plus l'emporter, détermine le vainqueur de la partie parmi plusieurs autres joueurs. Le choix ainsi réalisé impose une issue au jeu qui échappe au contrôle des principaux protagonistes.
Le kingmaking est une situation délicate car les raisons du choix apparaissent souvent discutables: préférence personnelle, jugement sur la qualité du jeu, représailles, avantage systématique laissé au challenger, etc. Une défaite issue du choix d'un tiers peut laisser un arrière-goût amer au joueur qui en est victime: pourquoi le joueur en position de kingmaking a-t-il choisi l'autre plutôt que soi ? Pourquoi a-t-il choisi de déterminer le gagnant d'une guerre qui ne le concernait plus ? Par un choix arbitraire, le "faiseur de roi" peut avoir gâché l'intérêt de la partie pour d'autres joueurs.

Sachant qu'il n'est jamais agréable d'être victime d'une situation de kingmaking, il peut paraître sain d'éviter de l’imposer à d’autres. Il ne s'agit pas d'une atteinte à la règle du jeu (puisque celle-ci ne l'interdit pas) mais véritablement d'une question de comportement "sportif", d'éthique ou d'étiquette du jeu.
Chacun joue pour s'amuser et passer un bon moment. En s'asseyant à une table de jeu, on conclut un contrat moral avec ses partenaires : celui de jouer en respectant les règles du jeu mais également un certain état d’esprit.
Beaucoup refuseront de jouer avec un tricheur chronique mais nombreux sont également ceux qui éviteront telle ou telle personne de manière plus ou moins assumée pour cause de mauvais esprit ou de non-respect de ses adversaires.
Il ne s’agit pas de dire que « ce n’est qu’un jeu » et « que l’important est de participer ». En s’asseyant à une table de jeu, on vient également pour en découdre et décrocher la victoire. Maintenant, une fois la partie terminée, il s’agit également d’aborder sa propre victoire avec une certaine humilité ou de saluer avec sportivité la victoire de ses partenaires. La chose n’est pas forcément évidente (notamment en ce qui concerne l’humilité) mais elle participera à faire de vous un joueur agréable avec qui on aura envie de rejouer.
Le jeu sur internet comprend malheureusement un certain nombre de joueurs qui n’ont guère d’égard pour leurs adversaires oubliant de les saluer, leur souhaiter bonne chance ou discuter au hasard des coups joués lorsqu’ils n’abandonnent pas tout simplement les parties qu’ils ne peuvent plus gagner. Certains joueurs oublient en effet qu’il y a des êtres humains derrière leurs écrans. Heureusement sur table (et tout de même pour une majorité de joueurs en ligne), la sanction pour non-respect des adversaires ne tarde pas à tomber.

Donc, pour en revenir au kingmaking, ce dernier s’intègre dans cette logique de jeu : ne pas frustrer un joueur en l’occurrence en lui dérobant ses chances de victoire pour une mauvaise raison.

Qu’est alors la « juste raison » à invoquer pour mener tel ou tel choix. Chacun peut avoir son avis sur la question.

1. S’attaquer au joueur de tête.
En cours de partie, il s’agit d’un raisonnement logique : tant qu’à gêner quelqu’un, il vaut mieux réduire l’avance de celui qui est le plus proche de la victoire. Son score matérialise la ligne d’arrivée à atteindre pour finir premier. Néanmoins lorsqu’on ne peut plus gagner, ce raisonnement ne tient plus tellement la route : on fait alors le jeu du second au classement qui profite ainsi d’un avantage inespéré et quelque peu injuste. Certains considèrent qu'il s'agit d'une façon d'accroître le challenge et l'incertitude quant à l'issue de la partie mais est-ce juste vis-à-vis du joueur en tête... Pas forcément. C'était sans doute ma manière de voir les choses jusqu'à peu mais maintenant, j'aurais tendance à changer mon fusil d'épaule: si on ne peut plus gagner, il n'y a pas de raisons de pénaliser le leader plus qu'un autre. De plus, à jouer ce petit jeu, on risque de perdre sa chemise et de finir bon dernier.

2. Se venger sur un joueur.
Certains joueurs divergeront de l'objectif initial "gagner" pour se tourner vers un autre objectif "faire perdre untel". Cette attitude n'est pas vraiment acceptable en cours de jeu car elle n'est pas conforme à l'engagement moral pris en s'asseyant à la table: chercher la victoire. J'ai déjà vu des couples jouer à des jeux de plateau avec un joueur favorisant ouvertement sa compagne par rapport aux autres joueurs. Cette discrimination positive est incompatible avec le plaisir de jeu des autres participants. Il en va de même de la discrimination négative qu'elle soit liée au jeu ou non-liée au jeu (où elle devient totalement inacceptable). Maintenant, on peut se demander si en fin de partie, lorsque ses chances de victoire sont devenues nulles, on ne devrait pas pénaliser le joueur à qui on doit de ne plus pouvoir l'emporter. A bien à réfléchir, se dire que "perdre la partie" servira de leçon à un joueur pour son comportement, ne me paraît pas très sain, ni de très bon augure pour les parties à venir avec ce joueur.

3. Faire le choix qui nous paraît juste.
Vous pensez qu’untel a mieux joué que les autres. Vous pensez qu’il la mérite et de ce fait, vous la lui fournissez. Le problème de ce choix, c'est qu'on impose à tous son point de vue. Selon les jeux, un joueur peut être objectivement meilleur qu'un autre (à l'expérience, sur le nombre de parties, etc.) mais ne pas forcément toujours l'emporter. Tout à chacun a le droit de goûter au plaisir de la victoire compte tenu des circonstances et de la part de chance du jeu. La lui dérober sous prétexte qu'un autre joue mieux que lui n'est pas très "fair play". A l'inverse, donner la victoire à quelqu'un qui n'a pas l'habitude de gagner n'est pas forcément très valorisante pour lui (il faut bien sûr exclure les enfants de ce raisonnement). Trancher quant à l'issue du jeu selon ses convictions est par définition partial et donc discutable.

4. Rester en dehors du conflit
Plus facile à dire qu’à faire : essayer de se faire tout petit pour laisser les deux joueurs en tête s’affronter et décider « à la loyale » du vainqueur. La chose n’est pas toujours évidente à réaliser, ni toujours très gratifiante. De plus, bien que vous ne soyez plus dans la course, vous faîtes encore partie du jeu et devez trouver encore un intérêt à participer. Attendre simplement que "ça passe", même si l'objectif est noble, n’est sans doute pas une option valide dans la plupart des cas. En outre, il est possible que d'autres joueurs aient légitimement fondé leur stratégie sur votre participation involontaire. Le seul fait de jouer de manière totalement suboptimale, les place dans une situation inconfortable et quelque peu absurde.

5. Maximiser son score
On arrive là à la motivation la plus classique en ce qui concerne les jeux à points de victoire. Puisqu'on ne peut gagner le jeu contre les autres, on peut par exemple chercher à "battre son propre record" en termes de points marqués. Certains jeux peuvent s'y prêter (Notre Dame, Caylus...) mais on peut parfois gagner à ces jeux avec des scores très faibles compte tenu du tirage, des choix des autres joueurs, etc.
Il est difficile de vous reprocher d'agir dans le sens de votre score, et ce d'autant plus si les points de victoire des autres joueurs sont cachés (Tigre & Euphrate, Puerto Rico) puisque toute autre décision ne peut se faire qu'au jugé. On pourra toujours vous reprocher d'avoir fait le jeu d'un autre joueur en ne surveillant que votre pré carré mais vos choix auront tout de même été justifiés.

6. Améliorer ou à défaut maintenir sa position
Enfin, on peut regarder sa position relative sur la piste des scores. Vous ne pouvez plus gagner ? Soit. Rare sont les jeux où un classement ne peut pas être mené en fin de partie. Si la place n°1 n'est plus disponible, à vous de chercher à acquérir la n°2 ou une autre si cette dernière est également hors de portée. On peut résumer cela à une simple "règle à suivre" qui peut s'appliquer tout au long de la partie: toujours s'attaquer au joueur situé immédiatement devant soi. Si tout le monde suit cette logique, tout le monde (à l'exception du premier et du dernier joueur) a deux adversaires: celui qui est devant et celui qui est derrière. Si on est en mesure de prendre du terrain, il faut s'attaquer à celui qui est devant pour lui ravir sa place. Si on est derrière, il faut menacer son rival pour la place que l'on occupe. En cours de partie, le choix est discutable car certains jeux font que le joueur en tête a une meilleure capacité de développment que les autres, ce que certains résume par la maxime "plus tu es fort, plus tu es fort" (exemple: Sankt Petersburg, Condotierre). En fin de partie, il paraît des plus raisonnables.

Prenons un exemple:
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Dans la partie de Tigre & Euphrate ci-jointe, vous êtes Lion et c'est votre tour de jouer. Vous estimez qu'il reste au plus 3 ou 4 tuiles dans le sac. La partie se termine donc à votre tour ou au tour du Potier qui vous suit. Avec un score de 4, vous ne pouvez plus espérer rattraper le Taureau et l'Archer qui sont au coude à coude (à 6 points). Quelles actions allez vous choisir de réaliser ?

1. Taureau est en tête. Un conflit interne semble inapproprié (si Taureau a ne serait-ce qu'une tuile en main, il gagne). Il est plus simple de tenter un conflit noir avec l'Arc en reliant le royaume du nord et celui du centre. Au mieux vous emportez trois points de victoire noirs qui ne vous ferons pas gagner mais vous ferons plaisir quand même. Au pire, vous offrez la victoire à l'Arc (mais n'est-ce pas une manière de s'attaquer au leader.
[1. S’attaquer au joueur de tête]

2. Arc a été votre adversaire tout au long de la partie. Il vous a attaqué alors que vous étiez en dernière position sans avoir de raison valable (selon vous). Vous pouvez placer une tuile catastrophe de manière à le priver de ses deux soutiens noirs et l'attaquer à 4 tuiles noires contre ce qu'il a en main. Il n'y a qu'un point de victoire noir à gagner mais vous aurez la double satisfaction de le défaire lors d'un ultime conflit et de conclure la partie en sa défaveur.
[2. Se venger sur un joueur]

3. Taureau est dans la position qu'il occupe grace à un conflit bleu qui l'a opposé à l'Arc un tour plus tôt. Si l'Arc avait eu ne serait-ce qu'une tuile bleu en main, il aurait gagné le conflit et sans doute la partie. Taureau a tenté le tout pour le tout et l'a emporté mais l'Arc a su construire sur la longueur. Il serait facile de remédier au problème en offrant un points de victoire à l'Arc pour le couronner puis en clôturant la partie en remplaçant ses tuiles.
[3. Faire le choix qui nous paraît juste]

4. Vous déplacez votre leader noir du centre du plateau pour le replacer en bas à gauche puis vous placez une autre tuile noire près de lui. Vous êtes à 5/5/5/6 mais vous ne risquez plus de décider de la fin de la partie par un conflit noir avec le royaume du nord (celui de l'Arc) ou, bien que moins probable, avec le royaume de l'est (celui du Taureau).
[4. Rester en dehors du conflit]

5. Poser un noir et un vert dans le royaume central permettrait de monter à 5/5/6/6. Ca ne changera pas la face du monde mais c'est un gain sûr. Pour le reste, nous verrons ce que pourra faire le Vase à son tour qui sera sûrement le dernier.
[5. Maximiser son score]

6. Soyons logique: aucune chance de monter sur le podium, aucune chance d'atteindre la seconde place. Les jeux sont faits. Vous posez une tuile noire pour passer à 5/5/5/6 et vous remplacez l'intégralité de votre main afin d'arrêter la partie et de garantir votre troisième place.
[6. Améliorer ou à défaut maintenir sa position]

Bien sûr, entrent en jeu d'autres paramètres dont la probabilité d'aboutir à tel ou tel résuiltat. La réaction par rapport au choix à mener (espérance de gain, vision optimiste, vision pessimiste, aversion au risque) a aussi son rôle à mener.


Pour conclure, on pourrait dire les frontières du kingmaking sont un peu floues et dépendent de la sensibilité de chacun. Ce qui semble clairement inadmissible, c'est de donner des points à un joueur sans contrepartie dans le jeu ou de pénaliser un adversaire pour une raison qui sort du cadre du jeu. Le reste est affaire de sensibilité. Il s'agit plus de "fair play", d'être perçu et apprécié comme un "gentleman" du jeu qu'on aura plaisir à affronter et qu'on aura envie de réinviter, ce qui est sans doute aussi important voir plus important que l'identité du gagnant. Dans "jeu de société", il y a aussi société...
Par Guillaume - 27 décembre 2007

13 commentaires

  1. Gorthyn 10:34 27.12.2007

    La discrimination positive est une forme de kingmaking qui est peu évoquée effectivement, mais qui sévit beaucoup plus souvent qu'on ne le pense, notamment quand un couple irl est à la table.

    C'est d'autant plus embarassant car contrairement à d'autres formes de kingmaking, il est plus délicat de faire comprendre à ces joueurs (plus souvent occasionels) que leur "complicité" dans la vie, ne devrait pas, théoriquement se retranscrir dans le jeu. Ils ne pensent d'ailleurs pas forcément "à mal" (ou de kingmaking tout simplement), et de fait, on se sent plus en peine de les mettre à l'index.

    Sinon, j'avoue avoir du mal à distinguer les deux dernières options : "maximiser son score" d'une part, et "améliorer ou à défaut maintenir sa position" d'autre part. De mon point de vue, il s'agit de la même optique : je choisis mon/mes coups dans l'objectif de ME placer au mieux à l'arrivée (que ce soit par un système de score ou non), sans me soucier du chamboublement entre les autres joueurs.

    Tout ce qui m'importe dans ce cas, c'est ma position finale : comme évoqué dans l'article, le contexte de la partie fait qu'il ne sera pas forcément évident de comparer deux parties différentes... De fait, il me semble plus logique de se focaliser sur la position relative entre les joueurs.

    Que ça soit Paul et Jacques, ou Jacques et Paul devant moi ne m'importe pas dans ma démarche d'améliorer ma place... Sauf si Jacques s'est acharné injustement sur moi pendant la partie, ou que Paul a plus brillé à mes yeux par ses actions... Et là, on en vient potentiellement à combiner différents facteurs de kingmaking

  2. bruno faidutti 10:49 27.12.2007

    J'hésite entre le choix rationnel - 6 - et le choix sentimental -2. La vengeance mesquine est en effet un grand plaisir de jeu, et je me vois mal y renoncer.

  3. Blue 13:58 27.12.2007

    Si la vengeance mesquine me fait perdre une place, je l'évite, mais si elle ne change rien à ma position de 3ième, j'empèche Arc de gagner la partie, il l'a bien cherché !

  4. Guillaume 15:07 27.12.2007

    Concernant:

    1/ La discrimination positive
    J'avoue qu'elle est pour moi très difficilement supportable. En s'asseyant à la table, on signe un contrat informel pour que "le meilleur gagne" (que chacun tente de gagner). Si on accepte de sacrifier sa position pour faire gagner quelqu'un, on augmente artificiellement les chances qu'a une personne de l'emporter et l'on gâche le plaisir de jeu des autres participants. C'est un manque de respect flagrant pour les autres joueurs qui ont consacré 1h de leur temps (ou plus) à jouer. Maintenant, je reconnais que pour des joueurs occasionnels, le concept n'est pas toujours évident à appréhender ("ce n'est qu'un jeu") mais il est important de mettre rapidement les points sur les i en la matière afin que tout le monde puisse prendre plaisir à jouer.

    2/ La différence entre maximiser le score et optimiser la position
    Il faut peut-être donner un exemple pratique : imaginons une partie d'Acquire à 3 joueurs avec argent caché. Un joueur a réussi nombre de fusions et est clairement en tête. Que doivent faire les deux joueurs restants: essayer de maximiser leurs revenus pour en avoir le plus en fin de partie ou freiner leur adversaire pour la seconde place (en empêchant des fusions ou en les privant de majorité face au leader de la partie) ? C'est deux manières de voir les choses: je joue pour moi sans me préoccuper des autres ou je joue pour le classement quitte à pénaliser un adversaire derrière moi afin d'obtenir le meilleur classement.

    3/ Pénaliser un adversaire
    L'exemple donné est un peu particulier. En désignant Arc comme l'ennemi, l'effort à fournir pour le pénaliser est assez réduit (puisqu'il est déjà en seconde place)... Clore la partie suffit à l'empêcher de gagner. La question aurait pu revenir à "sacrifier sa position pour le faire tomber avec soi"... ce qui devient plus discutable.

  5. GANDON 21:38 27.12.2007

    Une explication, quelques réflexions et une remarque et pour accompagner mon vote (5.Maximiser mon score)

    L'explication :
    Trois choses me motivent principalement dans un jeu :
    - découvrir / explorer des mécanismes
    - améliorer ma performance dans l'utilisation de ces mécanismes
    - partager un bon moment en société
    De fait, le classement final n'est pas un but en soi, mais la conséquence de ma performance. Etre premier est satisfaisant bien sûr, mais surtout si cela signifie que j'ai bien joué. Du coup, terminer 2e ou dernier, il n'y a pas de grande différence pour moi. Ceci pour l'explication de mon choix (plus que le choix de sécuriser une position). Quant à se venger, comme Bruno Faidutti, je ne l'excluerais pas ;-), mais il faudrait vraiment que l'adversaire m'en ait beaucoup fait et surtout, cherché à me nuire personnellement et pas seulement pour son propre bénéfice.

    Les réflexions : La question du Kingmaking est assez intrinsèquement liée à ce qui fait le sel du jeu, c'est à dire l'interaction. Dans les jeux que nos amis anglo-saxons appellent "multi player solitaire" - qui peuvent d'ailleurs être de très bons jeux - le risque du kingmaking est plutôt réduit. Et comme on le voit dans l'article comme dans les réactions, la question est très intimement liée au joueur, c'est à dire à l'être humain qui est derrière le joueur. Et c'est là que la notion d'éthique du jeu entre en ligne de compte : respect des règles (à tous les sens du terme). Respect de l'adversaire / des adversaires. Respect du créateur du jeu, oserais-je dire, dont il faut s'efforcer de ne pas dévoyer la création.

    La remarque : l'article n'évoque pas deux cas de kingmaking qui me semble pourtant fréquents, en tout cas dans les univers de joueurs "familiaux" ou non experts, dont je suis :
    - d'une part le kingmaking involontaire, "par omission" si j'ose dire. Tel joueur/joueuse ne verra pas forcément l'impact de son choix et en quoi, tel ou tel choix, à l'approche d'une fin de partie, conditionne le classement final.
    - d'autre part, le kingmaking "de nécessité" : je pense notamment à un jeu excellent que toute notre famille adore, Elasund, dans lequel les parties peuvent être tellement serrées et ou l'interaction est si forte que, en cherchant à bloquer la victoire de l'un pour préserver ses propres chances de l'emporter ultérieurement... on précipite la victoire d'un 3e !

  6. Guillaume 22:04 27.12.2007

    Cher Gandon,

    Concernant:
    1/ L'explication. Visiblement, les scores sont serrés. Bien plus serrés que je ne le pensais. Je l'interprête comme le fait qu'une bonne moitié des joueurs réduise leur "combativité" une fois la victoire hors de portée. Puisqu'on ne peut plus gagner, autant jouer pour soi sans se mêler du jeu des autres, quitte à se faire dépasser. Finalement, il n'y a que la victoire de belle... Et bien pourquoi pas.

    2/ Les réflexions. Oui, tout est affaire de personnalité et de limites que l'on s'impose face au jeu. Ce qui paraîtra de l'anti-jeu pour l'un n'en sera pas pour d'autres.
    Personnellement, je pense qu'il faut s'imposer quelques règles notamment avec des personnes que l'on connaît peu (en tournoi, convention, etc.). Souhaiter bonne chance à ses adversaires, saluer leur victoire commme on voudrait que l'on salue la sienne... C'est en quelque sorte le savoir vivre du jeu. La réaction face au kingmaking en fait partie.
    Deux autres articles en anglais me semblent intéressants à consulter sur le thème de l'éthique de jeu et des bonnes pratiques:
    http://www.boardgamegeek.com/thread/173732
    http://www.thegamesjournal.com/articles/Ethics1.shtml

    3/ La remarque. Pour ce qui est du kingmaking involontaire, je suis parti du principe que si quelqu'un risque d'en être victime, il le mentionnera au moment opportun mais c'est un postulat discutable. Un ami me disait qu'il considérait 2 écoles de jeu différentes: l'école "germanique" et l'école "latine". Dans la première, on joue les règles sans se mêler du jeu du voisin et sans parler du jeu en soi. Si quelqu'un fait une erreur, tant pis pour lui. Dans l'école "latine", on discute, conseille parfois même manipule ses adversaires. On négocie les actions, ajoutant une couche de diplomatie au jeu. Je crois qu'en France la seconde typologie de joueurs domine mais je peux me tromper. Dans ce cas, il ne peut pas vraiment y avoir de "kingmaking involontaire".
    Pour ce qui est du "kingmaking de nécessité", j'aurais tendance à dire que si on est encore en course pour la victoire, il n'y a pas de kingmaking. On tente sa chance et si, malgré ses efforts, la chose profite à autrui, on n'en est pas vraiment responsable. Après, je ne connais pas Elasund et j'ai peut-être un peu de mal à visualiser l'exemple auquel tu penses.

  7. nim 22:35 27.12.2007

    Je "m'insurge" contre la réponse 6: l'optimisation de la position. La grande majorité des jeux de société se terminent par la détermination d'un vainqueur: il y a un gagnant et des perdants, on n'est pas au tour de France.

    Quand je joue, mon but est toujours d'être le vainqueur ou de m'en approcher le plus. Je ne joue jamais pour être deuxième.

    Pour paraphraser la réponse de Bruno Faidutti: la raison m'invite à voter 5, même si l'envie m'incite parfois (rarement) au 2.

  8. Guillaume 23:07 27.12.2007

    Cher Nim,
    Je suis d'accord : on ne joue pas pour être deuxième. Maintenant, lorsqu'on ne peut plus être premier, il faut bien se trouver un objectif secondaire à atteindre afin justement de ne pas errer sans but. Pour certains, ce sera le score (si cela est applicable), pour d'autres ce sera le classement... Je ne suis pas sûr que ce soit un raisonnement si aberrant.

  9. Vinciane 23:27 27.12.2007

    Moi, je réponds 1.

    Je m'attaque toujours au joueur en tête pour les raisons suivantes :
    1) Quand je joue, je vise toujours la victoire.
    2) Quand je suis en tête, je comprends parfaitement et j'assume d'être seule contre tous.
    3) Quitte à gagner autant l'avoir fait face à toute l'adversité possible, la victoire n'en n'est que plus belle. S'il y a possibilité qu'un joueur fasse du kingmaking contre moi, c'est que je ne mène pas suffisament au score...tant pis pour moi, je n'avais qu'à mieux gérer ma barque ou ma baraka

    les seules dérogations au choix ci-dessus sont :
    a)soit jeu dans le cadre d'un concours/championnat où le classement compte.
    b)soit un joueur particulièrement désagréable (pas en terme de coup de "p..." mais en terme de ton/remarque aux autres joueurs) durant la partie par rapport à moi ou quelqu'un d'autre, là je peux le faire chuter même si cela me fait chuter avec...

    Ha et dans une partie d'échec, je n'hésite jamais à sacrifier ma dame... (vous saisissez le phénomène )

  10. Fred Frenay 09:41 28.12.2007

    Gandon a écrit :
    " le kingmaking involontaire, "par omission" si j'ose dire. Tel joueur/joueuse ne verra pas forcément l'impact de son choix et en quoi, tel ou tel choix, à l'approche d'une fin de partie, conditionne le classement final."

    Je pense qu'il s'agit là d'un élément que l'on retrouve dans tous les jeux : c'est le facteur chance.

    Autant le hasard pur me paraît quelque chose de peu intéressant dans un jeu, autant la chance (ou la "réussite")fait partie intégrante de tous les jeux, dans la mesure où un jeu implique une certaine dose d'interaction entre les choix des joueurs. S'il n'y a avait pas cette interaction, et donc ce facteur chance, il y aurait une martingale pour chaque jeu.

  11. jerome 13:49 03.01.2008

    réponse 6: je joue au mieux de mes intérêts, pour être le moins loin possible du vainqueur quand la cause est perdue...

    Maintenant, si attaquer le premier joueur me permet d'avoir une chance de gagner, je la tente, même si je me retrouve dernier au décompte final !

  12. nim 09:08 05.01.2008

    Guillaume a dit:
    <<<
    Cher Nim,
    Je suis d'accord : on ne joue pas pour être deuxième. Maintenant, lorsqu'on ne peut plus être premier, il faut bien se trouver un objectif secondaire à atteindre afin justement de ne pas errer sans but. Pour certains, ce sera le score (si cela est applicable), pour d'autres ce sera le classement... Je ne suis pas sûr que ce soit un raisonnement si aberrant.
    >>>

    Guillaume: un classement (premier, deuxième...) implique toujours une échelle d'évaluation. Score ou classement: tu ne décris donc pas deux cas mais bien un seul. Etre deuxième ou troisième, c'est toujours être perdant. Je ne considère donc jamais la position comme un objectif. Aussi infimes que soient mes chances de gagner, je les tente toujours, car je joue, et le jeu me permet un comportement aventurier que je ne me permettrait pas dans la vie réelle. Si toutefois la victoire est impitoyablement perdue, je tente autant que possible de me rapprocher du joueur en tête, indépendemment du classement: je préfère terminer à 5 points du vainqueur que prétendre que je suis deuxième.

    Bien sûr, je comprends que tu puisses avoir un autre point de vue. Je tenais simplement à souligner le mien.

    Amicalement,
    Nicolas

  13. Guillaume 11:11 05.01.2008

    Cher Nicolas,
    Je comprends tout à fait ton point de vue. Et j'avoue qu'il se tient parfaitement.
    Nous sommes d'accord sur l'essentiel:
    - s'il reste une chance de gagner, on la joue
    - la seule place à viser est la première... tant qu'elle est accessible bien sûr

    La différence entre 5 et 6 est la différence entre "cardinal" et "ordinal" et tu l'as très bien résumé :
    5/ Je réduis mon écart au leader
    6/ Je fais en sorte d'occuper le meilleur classement possible
    Et je le répète, la question est posée "lorsqu'on ne peut plus gagner". Tu défends parfaitement la proposition 5.

    J'aurai dû l'expliciter plus visiblement.

    Ludiquement,

    Guillaume

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