Edito d'août/septembre - De Cuba

Cuba
Il y a peu, j'ai joué à Cuba. Après une unique partie, le jeu me semble de qualité : stratégique et tactique, un matériel irréprochable et même une originalité incarnée par ce plateau individuel qui tient lieu de casse-tête à chaque joueur.

Vous allez surement trouver que je vais un peu vite en besogne vu que je n'ai joué qu'une partie. Vous avez raison. Mais ce qui compte pour cet édito n'est pas mon avis sur Cuba. Ce qui m'a frappé après cette partie est que le jeu est de grande qualité mais procure un certain ennui. Peut-être le thème n'est-il pas à la hauteur ? Peut-être le jeu n'est pas assez profond ? Peut-être n'étais-je simplement pas dans un bon soir ?

Peut-être... ce sentiment fut partagé par mes camarades de table. La discussion qui suivit nous a conduit à dire que ce jeu aurait fait un carton... il y a quelques années. Le jeu semble vouloir être un mélange de Puerto-Rico et de Caylus habillé comme les Piliers de la Terre. L'ennui est que nous avons déjà joué à ces trois jeux. De plus, à vouloir ressembler aux autres, il perd toute personnalité.

Pourquoi vouloir ressembler aux autres ? Pour un individu, n'importe quel psy interpréterait ce mimétisme comme le symptôme d'un mal-être ou d'une angoisse. Qu'est-ce que cela peut bien donner pour un jeu ou l'industrie ludique ? Peut-on dire que l'éditeur a voulu créer le nouveau numéro un du classement BoardGamesGeek sans en avoir les moyens ? Que l'originalité du jeu, la gestion du plateau individuel, a été noyée dans de la gonflette ? Que ce mimétisme est le passage obligé pour participer à l'incroyable surproduction de jeux de société actuelle ? Qu'il n'y a plus rien à inventer ?

Ou alors le problème vient-il de nous ? Joueurs ultra-gavés et blasés, auxquels il ne suffit plus de fournir un jeu de qualité : il nous faut des jeux exceptionnels.
Par Xavo - 25 août 2008

5 commentaires

  1. Enguerrand 09:10 29.09.2008

    Edito intéressant...

    Ce sentiment de "déjà-vu" peut être gênant mais il est ce qu'il veut dire: si l'on joue à Cuba sans en connaître ses inspirations supposées (Caylus, Puerto...) je pense que le jeu fera bonne sensation, certainement. Je crois qu'en ce qui me concerne, Puerto Rico et à plus forte raison Caylus sont des découvertes trop récentes (2 à 4 ans) pour que j'apprécie Cuba. Peut-être dans plusieurs années aurais-je plaisir à retrouver des "sensations" connues dans un autre écrin, un autre thème.

    N'y a-t-il plus rien à inventer? Evidemment et heureusement que oui. Mais les innovations sont rares, ce sont des pépites que l'on déniche dans certains jeux, des exceptions. Et encore, un jeu comme Caylus est-il réellement novateur ou n'est-il qu'une déclinaison, une amélioration d'un mécanisme existant (le plateau modulable que les joueurs "construisent" au fur et à mesure)? Personnellement, je n'ai pas la culture ludique suffisante pour répondre.

    Je crois néanmoins comme toi qu'avec le temps et les jeux qui s'accumulent, on devient forcément exigeant... Trop exigeant?

  2. Bart 13:45 29.09.2008

    C'est marrant, j'ai eu exactement le même sentiment après ma première partie. Le jeu tourne bien, c'est joli tout plein et pile poil dans le gabarit que j'aime (1h30/2h00).
    Ca devrait me plaire et pourtant... En fait, ça me plait mais sans plus !
    Et dernièrement, j'ai souvent eu ce sentiment :
    Notre Dame, Pilliers de la Terre, l'âge de la Pierre.
    Comme le dit si bien un copain : Ca ronronne.

    Effectivement, on joue beaucoup et depuis pas mal d'années et on se rend compte que les jeux finissent par trop se ressembler. On dirait que les éditeurs demandent aux auteurs de leur pondre un Spiel des Jarres. Et du coup, l'auteur y met tout les ingrédients à "la mode". Et on se retrouve avec des jeux proposant les même mécaniques.

    Mais les nouveautés exceptionnelles existent bel et bien !
    Et les bonnes surprises, on en a chaque année... Enfin, il me semble.

  3. MrOrange 21:16 29.09.2008

    Dans ma critique, j'ai reproché à Cuba sa froideur, son thème trop plaqué sur une mécanique avec de trop nombreuses ressources, ce qui induit des calculs compliqués pour pas grand chose. Résultat : j'ai déjà revendu le jeu.
    Mais je ne pense pas que nous soyons des joueurs blasés. Simplement, si on est si accroc, c'est qu'on est en recherche constante de nouveautés. Mais heureusement, la nouveauté arrive encore régulièrement avec par exemple cette année l'increvable Agricola (on y jouera encore dans 5 ans avec le même plaisir, comme Puerto Rico) ou encore Neuland (certes calculatoire, mais suffisament innovant pour qu'on en redemande).

  4. Leoni 20:29 05.10.2008

    Si ce point de vue était correct, Agricola et Cuba n'auraient-ils pas dû connaître le même sort?

    Agricola n'est pas des plus originaux et pourtant on croche facilement. C'est le succès.

    Le thème? L'engrennage logique des actions? Les tours qui accélèrent et montent la tension? Trop de complications inutiles pour Cuba?

    C'est un ensemble qui fait qu'on aprécie et qui fait oublier le sentiment de déjà-vu.

  5. MrOrange 18:15 11.10.2008

    Ce qui fait le succès d'Agricola, c'est la pression. Pression du temps (seulement 14 tours pour remplir sa ferme), et pression permanente avec la nourriture. Du coup cela impose de faire beaucoup de choix. Et c'est cela qui fait le succès d'un jeu. Le choix.
    Dans Cuba, on est (très) loin de tout ça.

Laisser un commentaire:


Pour animer votre commentaire:
:D    :)    :lol:    ;)    ?:    :(    >:(
Nous n'acceptons plus de lien dans le texte de vos commentaires afin d'éviter les spams.
Merci de votre compréhension