Edito d'octobre 2008 - Du nombre de jeux édités

Dans le dernier Jeux Pro, on peut lire que Pierre Gaubil, ex-DG de Days Of Wonder maintenant chez Asmodée, pense que le marché du jeux de société serait mis en danger par une surproduction de jeux. Il y aurait surproduction car la demande ne suit pas l'offre. Tous les échelons de la chaine de production et de distribution en souffriraient : édition, distribution et vente. Il s'avère effectivement que stocker, gérer et créer de nombreux produits dont une partie ne se vendra pas augmente les coûts et les risques. Pierre Gaubil a cette idée depuis plusieurs années déjà puisqu'il l'a déjà développé dans d'autres interviews. Il ne l'a pas sorti de son chapeau comme ça : elle est le fruit de son énorme expérience du marché du jeu de société.

Je ne suis donc pas en mesure de contester tout cela. Néanmoins, il est important de prendre en compte, à mon avis, les bénéfices de cette offre pléthorique et en particulier un bénéfice énorme : l'offre anime le secteur tout entier. Imaginez un peu les rayons des boutiques, les revues et surtout le web avec uniquement quelques jeux sortis par an comme dans les années 80 ? Vous iriez aussi souvent dans votre boutique favorite voir ce qu'ils ont en rayon ? Vous pensez que Jeux Sur Un Plateau serait toujours mensuel ? Vous vous satisferiez du web de la fin des années 90, quelques sites aussi vigoureux que le processus de paix en Palestine ?

Il est tout à fait possible de s'interroger sur le nombre de sorties ludiques nécessaire pour que le marché soit moins destructeur, mais il faut également prendre en compte le fait que le monde ludique, et en particulier les gros joueurs (pas forcément des fans de gros jeux de gestion, mais juste des passionnés qui jouent beaucoup), ont besoin d'une actualité à faire pâlir France Info. Ces joueurs sont sous perfusion de news, ce qui génère en soit un plaisir immédiat : celui de la nouveauté (démontré en neurologie). Ces gros joueurs sont essentiels au secteur : non content d'animer des sites, d'écrire dans des revues, de donner de la fréquentation aux sites des autres (dont ceux des éditeurs), de créer des événements ludiques en les organisant ou en y participant, de dépenser des sommes importantes en boutiques, de bosser dans le secteur, ils font découvrir à leur proche des tas de jeux introuvable en supermarché. Débranchez-les et tout le secteur risque de devenir comateux.

Ainsi, si sur le plan strictement économique le marché souffre d'une surproduction, est-il vraiment en surchauffe sur un plan plus global ? Que voilà une belle interrogation avant d'aller se gaver de nouveautés à Essen...


Par Xavo - 1 octobre 2008

4 commentaires

  1. angelo 10:30 11.10.2008

    Ce que je constate c'est qu'effectivement une grand partie du monde professionnel ludique se balance complètement des gros joueurs et souhaite effectivement une diminution des sorties et donc des prises de risques et transformer le marché en un secteur plus généraliste, c.à.d., clients = moutons, le tout en soulignant les aspects pseudo-positifs pseudo-sociologiques-éducatifs-toutlemondeilbeautoutlemoindeilestgentil, qui me gonfle un chouia, surtout quand ce discours provient principalement des acteurs économiques eux-mêmes, les commercant et les distributeurs.
    En ce qui me concerne, cette pléthore de sortie me demande un intense travail de prospection, une plongée quotidienne dans le web ludique effervescent, et, c'est sûr, il est toujours extrêmement difficile de faire les bons choix et dans la bonnne quantité, et au final c'est toujours le public qui décide, c.à.d. les joueurs, les clients qui consomment un produit culturel, au même titre que les livres, les dvd ...etc..., produits qui sortent en un nombre toujours plus monstrueux et anarchique, une offre que seul quelques cycolpéennes boutiques en ligne peuvent se permettre de proposer dans leur entièreté, et encore.
    Dans mon esprit fort naïf, j'en conviens, ceux qui font vivre l'économie ludique sont d'abord les créateurs et les clients, sans qui aucuns bénéfices ne serait possible, il ne faut pas l'oublier. Donc, pour moi, vive la diversité, les sorties toujours plus nombreuses, vive la créativité, même si ce n'est pas choisir le chemin de la facilité et du confort.

  2. Mistersims 10:49 11.10.2008

    C'est bien ce que je pensais, cette surproduction n'enchante que les "geeks" et il est clair que les éditeurs misent sur ces joueurs en particulier pour véhiculer le jeu par le biais de manifestations, d'associations et autres.
    Est ce pour autant une population en expansion croissante ? Sont-ce des vaches à lait ? Et la rejouabilité dans tout ça?

  3. MrOrange 18:26 11.10.2008

    Alors que le nombre de jeux édités augmente, paradoxalement j'en achète de moins en moins. Par contre, toujours chez les mêmes éditeurs, récents, et qui permettent d'accéder à des jeux qu'on aurait peut-être jamais vus en français, si seulement quelques acteurs se partageaient encore le marché. Ces deux éditeurs sont bien sûr Ystari et Filosofia.
    Pour moi, le discours de M. Gaubil sur la surproduction n'est qu'un moyen de se plaindre de la concurrence, et une crainte de ne pas trouver un débouché pour tous leurs jeux. Si vraiment il y a trop de jeu sur le marché, Messieurs Asmodée et Gaubil, je vous en prie, tirez les premiers, et réduisez votre volume de sortie ;o)
    La surproduction profite aux joueurs, car ça veut dire que plus de jeux accèdent à l'édition, ce qui permet à des nouveaux auteurs d'émerger.
    Qui s'en plaindrait ? Certainement pas les joueurs, justement en quête de "vraie" nouveauté (comprendre pas juste de nouveaux jeux, mais bien de nouveaux mécanismes). Après, la sélection naturelle fera le reste. Des jeux resteront sur le carreau. Tant pis, c'est justement la règle du jeu :o)
    Par contre, quid des boutiques dans tout ça ? C'est sans doute les premiers à souffrir de cette situation. Comment gérer cette surproduction ? Etre sûr que les jeux qui rentrent dans le stock en sortiront bien un jour dans le sac d'un client, et si possible pas en période de soldes ? Car j'imagine que là aussi, les distributeurs les tiennent sous pression sur des quantités minimum d'achat etc... Et quel est l'un des principaux distributeurs ? Non, vraiment, Asmodée n'arrivera pas à me faire pleurer...

  4. Leoni 23:56 17.10.2008

    Trop de jeux?

    Si on réduit le nombre de sorties, on réduit également les clients potentiels. Il en faut pour tous les goûts.

    Si j'élimine de la production les types jeux que je ne veux pas (enfants, figurine, US, longue durée), les mécanismes que j'aime pas (enchères, questions, abstraits...)... Eh bien il en reste 2-3/mois et je les achète. Pas de ma faute si je suis pas la cible des autres.

    Mes achats se sont dirigés prioritairement vers les jeux Filo. Rien à voir avec la quantité de sorties, il s'agit de qualité... et je dépense plus.

    Si on parle de grande distribution, il n'y arrive même pas 1% des nouveautés. Pas de nouveautés = désintérêt? Oui. Même des non connaisseurs savent qu'il y a toujours ("que") les mêmes jeux en rayon et ne regardent plus ces rayons.

    Bien entendu je ne suis pas représentatif du marché, puisque un peu connaisseur. Mais la majeure partie du public ne sait même pas qu'il peut exister des jeux "intéressants"/plus proches de leurs aspirations. Qu'il y ait plus ou moins de sorties leur passe donc complètement à côté.

    Je pense donc que cette vision est surtout une vision tronquée par la profession : si demain on ne sortait plus qu'un jeu par mois et qu'il ne plait pas, y aurait-il plus de ventes? Je ne le crois pas.

    A la limite je trouve cette vision même dangereuse (les jeux sont bons, mais il se vendent pas car il y a trop de productions... Et on remet pas en cause le choix de publication).

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