Revue des médias # 5: Counter

Les nouvelles en France étant ce qu'elles sont, et vu que je peine à trouver un angle qui permette de restituer mon sentiment mitigé vis à vis du clash TT/Witty, nous resterons ce mois-ci encore à l'étranger. Donc, comme Eric Martin de BGG News le relayait il y a quelque temps, il y a eu du mouvement récemment du coté de la revue Counter. Principalement, des changements dans la direction du magazine, mais pas uniquement visiblement. Le titre mythique (malgré son format fanzine)va donc continuer son ouvrage, avec de nouvelles personnes et de nouvelles orientations. L'occasion de s'entretenir avec un membre de cette nouvelle équipe de direction, Greg Schloesser, à propos du magazine, des médias et de l'avenir. Il a très gentiment accepté de répondre à nos questions. Et ces réponses, dont voici la première partie consacrée à des aspects généralistes, sont bien plus stimulantes que toutes les péripéties actuelles du microcosme.


 LG: En premier lieu, pourriez-vous vous présenter ?
GS: [Pour qui remarquerait que cette réponse est, disons, "très fortement inspirée" de sa bio sur le site de Counter, c'est lui, c'est pas moi, NdT] Je suis né en 1961 et j'ai toujours vécu à La Nouvelle Orleans avant de déménager pour le Tenessee en 2005. Je suis membre fondateur des des Westbank Gamers et co-fondateur de l'association East Tennessee Gamers. Je suis également un critique de jeux prolifique et un collaborateur régulier de nombreuses publications jeux, sites web et des podcasts, incluant Counter, Knucklebones, OpinatedGamers, Boardgamenews, Boardgame Geek, Alliance Gamers, et The Dice Tower [soit quelques unes des plus importantes publications et sites webs outre-Atlantique, NdT] et bien d'autres. J'ai été un passionné de jeux toute ma vie, avec un intérêt marqué du côté des wargames. Mon incursion sur l'Internet m'a exposé au monde merveilleux des jeux allemands et européens, et maintenant la quasi-totalité de mon temps de jeu est consacré à ce domaine particulier. J'assiste à plusieurs conventions de jeux chaque année et je suis le co-fondateur des Gulf's Games, un rendez-vous régional organisé dans le sud des Etats-Unis. Je suis membre fondateur des International Gamers Awards et participe à son jury. Je suis aussi le nouveau rédacteur en chef du magazine Counter, qui est publié depuis quinze ans maintenant.

 LG. Comment a commencé l'aventure Counter ? Comment vous êtes vous retrouvé embarqué dedans ?
GS: Counter magazine est un magazine papier trimestriel consacré aux jeux de société et de cartes. Chaque numéro contient des dizaines de chroniques, des articles et des analyses venant de passionnés du monde entier. Counter a commencé sa publiccation en 1998, mais ses origines sont à rechercher dans le magazine Sumo’s Karaoke Club magazine publié de 1989 à 1997 par Mike Siggins. L'idée était et est toujours de proposer une analyse en profondeur des jeux de société. Counter a grandi jusqu'à devenir l'un des journaux les plus respectés dans l'industrie des jeux de société. La liste des collaborateurs de la revue est un véritable «Who's who ?» dans le monde des jeux de société, et notamment les joueurs expérimentés et les plus respectés du monde entier. [Ce qui peut paraître à la lecture une manière présompteuse et américano-centrée de de voir les choses, mais n'est pas forcément faux. Voir les bios pour s'en convaincre. NdT]: Mike Siggins, Stuart Dagger, Alan How, Mike Clifford, Dale Yu, Paul Evans, Rick Thornquist, Tom Vasel, Andrea Ligabue, Larry Levy, Dr. Mitchell Thomashow, Simon Weinberg, Simon Neale, John Humphries, John Butitta, Jim Reed, Ben Baldanza, et d'autres. Alan, Stuart and Mike Clifford sont les fondateurs de Counter, prenant le relais là où le "Sumo" de Mike Siggins’ fut abandonné. J'ai commencé à écrire des critiques, des articles et des analyses dans le numéro 4. J'ai entendu parler du magazine et développé une amitié à distance avec Stuart Dagger, le rédacteur en chef. Il connaissais mes écrits et a généreusement accepté mon offre de contribuer au magazine. J'ai été un collaborateur régulier depuis ce moment-là, ne ratant jamais un numéro.



 LG: Combien de lecteurs avez-vous? D'où viennent-ils ?
GS: C'est difficile à dire, car à coté des abonnés, il y a des gens qui l'achètent au numéro dans des magasins en dur ou en ligne. Actuellement, nous sommes en train de faire une campagne de promotion pour avoir plus d'abonnés et espérons avoir une base de 1000 abonnés d'ici la fin de l'année. Les lecteurs se trouvent un peu partout autour du monde, et ce n'est pas qu'une image. Nous avons des abonnés en Europe, Asie, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Afrique et Australie. Personne en Antarctique... pour l'instant!

 LG: De quoi est composé un numéro ? Quelle est la ligne éditoriale ?
GS:Le magazine est connu et respecté pour ses critiques approfondies, ses articles et ses analyses. Ces critiques sont bien développés, détaillée et perspicace. Je suis forcément partial, mais de mon point de vue elles sont plus approfondies et plus complètes que ce qui peut être trouvé sur d'autres sites ou dans toute autre publication. De plus, ils sont écrits par des gens qui ont été impliqués dans le secteur depuis très longtemps. Ce sont des gens qui connaissent le milieu et qui sont respectées pour cela. Quant aux articles, ils sont variés, incluant des comptes rendus de convention, des analyses approfondies, des entretiens, des analyses de jeu et bien d'autres choses. La tribune libre ("commentary section") est toujours très populaire puisqu'elle offre un espace pour des contributeurs externes ou pour que nos lecteurs puissent nous faire part de leurs retours ou de leurs opinions.



 LG: L'image de Counter est souvent marquée par son approche très austère et radicale de la forme; pas de photos, beaucoup de textes, noir et blanc. Est-ce là un choix éditorial ou une nécessité économique ? Ou les deux ?
GS: Il est certain que l'aspect financier empêche le magazine d'être imprimé en couleur. C'est un luxe que nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre. Lorsque Counter a commencé sa publication, il y avait moins de possibilités au niveau de la réalisation de la maquette et de l'impression. De nos jours, il y a une abondance de programmes qui offrent de meilleures options pour améliorer la mise en page et pour faciliter l'inclusion des graphiques et des illustrations. Le projet est désormais d'en faire un meilleur usage. Nous prévoyons d'inclure plus d'images, ce qui rendra le magazine un peu plus facile à lire et aidera les lecteurs à comprendre une critique ardue en fournissant les illustrations et les exemples nécessaires. Comme mentionné précédemment, l'objectif de Counter est d'offrir aux lecteurs des choses complètes, approfondies, perspicaces et bien écrites, d'articles et de commentaires. En conséquence, il y a beaucoup de textes. Même si nos lecteurs peuvent comprendre cela, je conçois qu'il puisse lui manquer le faste qui attirerait l'attention du lecteur occasionnel et améliorerait les ventes. Nous ne serons pas toujours être aussi clinquant ("glitzy") que Cosmopolitan ou un autre magazine grand public, mais je ne l'espère que nous arriverons à livrer un résultat qui sera un peu plus facile pour le lecteur.





ICI , la suite.



 Post Scriptum
Dans une seconde partie, nous reviendrons avec lui sur des aspects plus généralistes du monde du jeu de société et de ses médias. Avant d'en arriver là, il convient de préciser que cet entretien sera probablement l'un de mes derniers papiers pour Ludigaume. Je le dis maintenant pour ne pas avoir à finir là dessus. Toujours est-il que j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire des chroniques et des articles pour ce site, et j'en aurai éprouvé encore et encore, si je n'avais eu à faire des choix.

En matière d'écriture sur le jeu, comme je le résumais à des amis, les dilemmes qui se posent au rédacteur sont les suivants: considérations éthiques (Est-ce que je peux écrire de partout ? Est-ce que j'ai envie d'écrire pour un site qui a le monopole ou pour un indépendant ? De quelle liberté d'écriture dispose-je ?), esthétiques (qui a le plus joli site ? la plus belle ligne éditoriale ? Les meilleures fonctionnalités ?), ambitions personnelles (quelle liberté éditoriale, quelle possibilité d'influer sur le contenu me laisse-t-on ? Quelle audience ? ), confort (est-ce que quelqu'un s'occupe des corrections ? Est-ce que les délais sont acceptables ?) et ... enjeux financier (Oui: qui paye le plus ? Je rajoute ces derniers à dessein, de manière évidemment provocante, étant entendu que, dans un milieu où certains paiements pour des "vrais travaux" tels que des corrections ou des traductions, se font en boîtes de jeu ou en la possibilité de voir son nom apposé sur une règle, on n'y pense pas toujours, voire parce qu'il semble presque outrageant d'en parler.)

Ludigaume me laissait une totale liberté pour faire ce que je voulais, comme je l'entendais, à mon rythme propre. C'était non seulement plaisant, mais très confortable. Seulement, voilà, il se trouve que l'on m'a proposé de m'occuper prochainement d'un projet plus ample, projet qui va non seulement me prendre du temps mais aussi rendre délicate cette place de commentateur à distance. Même si cela peut sembler une manière de ne pas trancher, je ne coupe pas entièrement les ponts; il n'est pas impossible que je repasse pour une chronique de temps à autre. Mais ce sera très épisodique. Quant à cette revue des médias, qui n'avait pas de débuts très clairs, j'espère qu'elle n'aura pas de fin très claire et que quelqu'un voudra bien la reprendre, puisque je reste, bien entendu, lecteur du site.
Par Damien - 28 janvier 2013

6 commentaires

  1. LudiGaume 19:24 08.02.2013

    C'est en effet les derniers articles de Damien sur LudiGaume.

    Non pas que nous ayons eu un quelconque désaccord mais tout simplement parceque Damien se lance dans un nouveau projet web. On le découvrira suffisement tôt, je n'en sais pas plus. Surprise pour tout le monde

    En tout cas, pour LudiGaume, ce fut une belle expérience et un chroniqueur de choix, de haut vol. On est un peu fier de lui avoir offert notre tribune pour se faire les dents et ainsi lui avoir donné un petit coup de pouce pour aller encore plus loin. La porte lui reste bien sur ouverte mais, par expérience, il est difficile de travailler sur deux sites en même temps.

    Bonne route Damien et au plaisir de te lire ailleurs ou ici

    Encore merci pour tes contributions


    François

  2. jb 12:32 11.02.2013

    Bonne chance Damien pour la suite !

  3. damien 14:49 11.02.2013

    Merci à tous les deux. De ce que j'ai perçu, même si nous ne nous sommes pas rencontrés en vrai, j'ai l'impression qu'il est difficile de se facher avec M. Ludigaume.
    Pour finir, sur une question, plutôt que sur des effusions, j'avais envie d'ouvrir le débat sur une problématique qui me travaille depuis quelque temps, et qui a traversé toute cette revue de presse: la pluralité des acteurs webs autour du jeu.
    En effet, on voit que le moindre frétillement d'oreille de Tric Trac soulève abondance de commentaires et d'exclamation alors que d'autres sites, comme Ludigaume, Jedisjeux, Jeuxsoc, donnent l'impression de s'adresser à des cercles fermés et/ou peu nombreux. En ouvrant un espace de débat avec des articles différents, j'espérais pouvoir attirer un peu plus de commentaires que, disons, une Tric Trac TV avec une joli fille dedans. Je pensais que cela amènerait plus d'interactivité que le papier. Or, si cela a marché en partie, cela n'a pas été autant que j'aurais aimé. Je n'attendais pas des compliments, mais plutôt de la confrontation d'idées. Est-ce un problème de référencement pour trouver le site et les articles ? Un problème de temps -- moi même je ne commente que peu les nombreux sites que je lis, si je regarde bien ? Faut-il forcément être au centre pour être entendu ? Est-ce qu'il est vraiment souhaitable que le paysage soit à ce point déséquilibré en faveur d'un acteur ? Voilà, le débat est ouvert.

    A bientôt...

    PS: Un jour je reviendrais faire ma chronique de Stronghold laissée en plan. C'est la première que j'ai entrepris ici.

  4. tchobello 17:09 13.02.2013

    Quel dommage ! Il y a tellement peu de choses intéressantes (et de qualité) à lire sur le jeu de société actuellement...

  5. Beus 08:34 22.02.2013

    Ha c'est bien dommage, c'est quand je découvre que tu arrêtes !

  6. ReiXou 21:56 11.03.2013

    Je mets longtemps à poster mais je voulais te remercier de cette courte série d'articles, que j'ai déjà relu et qu'on pourra je pense relire encore dans quelques temps. Tu peux en être fier je pense.
    Bon courage pour la suite, tiens nous au courant de la forme qu'elle prendra.

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