Rendre compte (ou pas) d'Essen

Un article (en fait plutôt une suite d'impressions désordonnées, à la manière d'un journal) qui, pour raconter l’événement Essen 2013, ne montre ni ne parle de jeux, le tout rédigé par quelqu'un qui n'y est pas allé ? Vraiment ? Quel intérêt ? Et bien, pour qui chercherait à aborder les choses avec un angle différent, comme tente de le faire cette revue de presse, rester à distance permet de regarder les choses autrement.
En effet, en une quinzaine d'année, Internet, la démocratisation des blogs puis de la vidéo, ont considérablement fait évoluer la manière de rendre compte du salon. Ces trois dernières années, particulièrement, nous sommes parvenus au point où, sous l'impulsion de Tric Trac et de Board Game Geek, sous l'effet aussi des stratégies de communication des éditeurs, nous pouvons même approcher le fantasme d'être dans un système "parfait" qui nous permet de "tout voir, ne rien rater". Le revers de la médaille étant d'ailleurs qu'il semble maintenant devenu intolérable à certains que quelque chose échappe.
En conséquence, il n'est pas inintéressant de questionner ce qui est montré, comment cela est montré, mais aussi, peut-être, la manière dont nous le regardons. Donc, vous voilà prévenus: ici ce n'est pas soirée diapos.


"Une fois de plus, le débat (...) a achoppé sur un certain type d'image. Il a buté sur l'image inutile. Sur l'image que nous décidons de faire (ou de regarder) alors que rien n'est moins évident que son utilité sociale."Serge Daney



Spiel 2007


Essen: un non-évènement ?
Rien de nouveau sous le soleil d’octobre, pourrait-on penser. Le traitement médiatique d’Essen fut, en apparence, exactement le même que l’année précédente. A quelques mouvements de caméra déportée près, les lignes de front et les positions demeurent inchangées. Il n'y a pas eu cette fois d’invention majeure, ni de transformation radicale. Nous étions plutôt dans la perpétuation de l’’existant, probablement dans une année de transition. Pas grand chose à dire qui n'ait déjà été dit, donc. Sur ce versant en tout cas.

Mais il ne semble pas inutile de rappeler que cela reste presque exclusivement une affaire de médias spécialisés. Contrairement à l’E3, à la Paris Games Week qui avait lieu une semaine après, ou même au Festival de Cannes, Essen s’est déroulé dans l’indifférence générale des médias français. Nous avons beau avoir l’impression d’une semaine affolante pendant laquelle le centre du monde se trouve en Allemagne, d’un marché en croissance, d’une saturation d’informations passionnantes, nous parlons d'un événement qui, du moins en France, recueille toujours moins d’échos médiatiques que la foire au boudin de Brétigny sur Orges.

Devant ce constat implacable, l’effet était le même que la lecture, quelques temps avant, du magazine Courrier international consacré au jeu (cf. article ici) dans lequel le jeu de société était quasiment absent: une brutale mais salutaire remise en perspective. Il semble qu'en Belgique, il y ait eu un bref reportage au journal télévisé , centré sur la production locale (Flalined Games; Pearl Games; Philippe Keyaerts). Qu’en était-il en Allemagne, pays du jeu et du jouet ?

Messieurs les anglais, tirez les premiers
"De retour d'Essen. Comme toujours, plein de jeux de Science Fiction et d'Heroïc Fantasy qui semblent conçus pour des adolescents frustrés. "

Aucune idée s'il plaisante ou pas, mais voilà encore ce que j'ai lu de plus drôle et de plus intéressant sur le sujet pendant la période du salon. Et cela n'est pas issu d'un internaute pointu, mais d'un homme qui doit avoir dépassé les 70 ans. David Parlett, outre qu'il est le gagnant du premier Spiel Des Jahres avec Le lièvre et la tortue, est aussi quelqu'un qui a écrit des choses passionnantes sur le jeu (je vous conseille son History of Card Games, notamment, que l'on ne trouve plus qu'en occasion). Il est aussi un amoureux de la langue. En complément de son site très intéressant, il se sert de Twiter pour poster des mélanges de jeux de mots, d'humour à (très) froid, de rancœur envers le monde, la privatisation de l'Angleterre et la détérioration du vocabulaire. Ma traduction de son tweet ne lui rend d'ailleurs pas justice, ne serait-ce que parce que "starved" sert aussi a qualifier les morts de faim.

David P., commentateur avisé

En lisant sa sentence, j'ai soudain réalisé à quel point l'humour me manquait dans ce que je voyais d'Essen. Pas seulement, d'ailleurs, dans le contenu de ce qui était donné à lire (les CR, sérieux comme des papes), à voir ou à entendre, mais aussi dans la manière dont je cherchais ces informations, à l’affût, dans l' attente anxieuse des prochaines informations, du résultat du Fairplay.

Bien sûr que Parlett exagère, mais il introduit aussi de cette manière un décalage salutaire. D'une part, avec sa provocation, il se montre bien plus joueur que beaucoup d'entre nous. D'autre part, il souligne que le jeu, cela peut-être autre chose que ce qui était montré là-bas, qu'il y a des alternatives, un avant et un après, un ailleurs. Qu'Essen constitue en quelque sorte un écrasement de la perspective.

L'autre décalage qu'il introduit, c'est tout simplement qu'en prenant la parole, il nous rappelle qu'il est de ces personnages que la modernité, avec ses flux incessants d'information, a tendance à reléguer aux oubliettes. Le monde du jeu n'a pas commencé avec Catane. On a beau parler de révolution et de modernité du jeu de société à tout bout de champs, nous sommes plus, probablement, dans la continuité et le raffinement des évolutions passées que dans une période d'invention majeure comme le furent le jeu de rôle, le wargame, les JCC, qui ouvraient en leur temps de nouvelles perspectives. Si changement il y a, c'est celui du marché: ouverture des frontières, influence Internet, augmentation du marché.

Je pense d'ailleurs que M. Parlett est tout à fait le genre de personnes que doit faire sourire quand on parle de la modernité du jeu de société, de révolution actuelle du secteur, de la croissance du marché, lui qui a patiemment documenté cette véritable révolution que fut l'apparition des cartes à jouer, qui a participé à l'aventure de la revue Games and Puzzle, est membre de plusieurs associations internationales consacrées au jeu, et qui a écrit des choses intéressantes l'effondrement du marché britannique du jeu dans les années 80

Tout voir, ne rien voir
Essen, cela reste globalement l’affaire des amateurs et surtout celle des gros sites spécialisés. Là aussi, les positions sont restées globalement identiques: à BoardGameGeek la couverture vidéo intensive, en live et en différé, à Tric Trac une position plus à distance, plus critique. A leur coté, une multitude éclatées de blogs, comptes Facebook et Twitter qui transmettent des photos, des classements, des avis rapides.

Tout en saluant la tentative de Proxi-jeux de faire un podcast quotidien et celle de Dale Yu (Opinionated Gamers) d'écrire abondamment pour le public américain, force est de constater que tous convergeant vers une même manière de rendre compte: parler de jeux, montrer des jeux. Evaluer des jeux. Le plus possible. Le plus rapidement possible. Voilà une autre chose qui ne change pas d'année en année: le caractère univoque de ce qui est montré. Et le fait que cela produit au final l’impression paradoxale de ne rien voir.

Stand BGG, filmage en continu

Polémique et gratuité
Le truc le plus frappant cette année fut la manière dont le site Tric Trac a couvert l’événement et surtout comment, dans un contexte de marchandisation des contenus, le public y a répondu.

D'abord, le site a commencé par se taire: alors qu'ils font des news sur tout et n'importe quoi, ils n'ont pas eu un mot sur l'ouverture du salon ou la manière dont il allait être couvert. Cette non-annonce qui faisait pourtant suite à une longue série d'articles préparatoires sur les jeux du salon a surpris et rendu furibard une partie des utilisateurs du forum. Dans un billet d’humeur réactif, qui avait les défauts et les qualités de ce genre d’exercice, Monsieur Phal a tenté de pointer la vacuité de l’entreprise visant à rendre compte du salon en temps réel ainsi que l’impasse, selon lui, d’un filmage en continu. Il revenait aussi sur un thème qui semble le travailler: le fait que la communication échappe aux canaux institués. C'est à peu de choses près les mêmes choses qu'il avait dit l'année dernière dans un billet de blog, mais il est assez à l'aise dans cet exercice, il faut bien le reconnaître.

Difficile de lui donner complètement tort sur le fond, mais s'il a indiqué une direction juste, celle d’ailleurs qui était la leur l’année dernière (montrer Essen, oui, mais autrement, se différencier de la masse), dans les faits, leur couverture fut mi figue, mi-raisin, un pied dans le refus, un autre dans la conformité aux attentes. Les sujets qui ont suivi: photos du Showroom, les éditeurs français n'avaient rien de renversant et de révolutionnaire dans l'approche. Montrer ce que le public attend: des jeux et encore des jeux. C'est étonnant tant on se dit, à distance forcément, que des reportages participatifs sur le sujet plutôt que sur des éditeurs français auraient été beaucoup plus enthousiasmants...

Illustration tirée d'un article de 2007

Dans l’année de transition que vit Tric Trac actuellement, il était sans doute difficile de s’aligner sur BGG ou de proposer autre chose. Une année de transition, donc. Leur position avait toutefois une vertu: celle de rappeler que l’information de qualité a un coût et qu'il faut bien qu'au final quelqu'un paye. Aurions été prêts nous-mêmes à investir de l’argent dans un reportage sur Essen ?

En parlant de coût, j'ai été une nouvelle fois impressionné par l'armada Boargamegeek, qui a déplacé de nombreux journalistes et a assuré une couverture vidéo continue. Les enregistrements sont maintenant disponibles. D'ailleurs, je trouve que contrairement à ce que dénonçait monsieur Phal, ce n'est pas si inopérant que cela. Çà se laisse voir, comme dit l'horrible expression.

La question est mal formulée
Le plus désolant dans ce débat sur rendre compte ou pas d'Essen était son étroitesse. Il se résumait au dilemme de montrer ou pas ce qui se passe là bas. Or, il y aurait tant d’autres manières d'aborder l'évènement, y compris depuis la France.

A commencer par cette question simple: pourquoi le salon d'Essen a-il lieu à Essen et Nuremberg à Nuremberg ? Quelles sont les raisons historiques de ces ancrages ? Ne serait-il pas aussi intéressant aussi de montrer l’envers de la foire, comme par exemple le rush chez les fabricants de jeu pendant la période qui précède ? S'attarder sur le marché de l’occasion, le destin des jeux de l'année dernière, le traitement du sujet dans la presse allemande, que sais-je ?

Il y aurait aussi des entretiens à réaliser sur le poids économique de l’événement, voir comment les éditeurs perçoivent désormais le salon? Le centre de gravité du marché est-il toujours là ou s'il ne s'est pas sensiblement déplacé vers les États-Unis et la Gencon ou vers l’Asie ? Une histoire du salon au fil des ans, un entretien avec des gens qui vont depuis vingt ans là-bas,ou avec ceux qui font le choix de ne pas y aller, comme Tom Vasel, le travail de dénicheur des éditeurs, les mutations dans la communication, pourraient compléter le travail d’investigation. Et ce ne sont là que quelques exemples.

(à suivre...)
Par Damien - 13 octobre 2013

9 commentaires

  1. phil 00:01 14.11.2013

    Un régal! Excellent article, sur le train train maintenant habituel d'Essen.

  2. Jérémie 11:26 14.11.2013

    Quand on a décidé à Proxi Jeux de couvrir l'événement ce n'est pas tant dans la recherche d'un nouvel audimat, que le but de se faire plaisir. Ce même plaisir qui nous anime pour les autres épisodes tout au long de l'année : partager notre passion.
    Et d'ailleurs, ceux qui nous ont écouté l'auront remarqué, nos reportages se voulaient subjectifs pour raconter notre salon et n'avaient pas la prétention de tout couvrir de l'événement.

  3. Xavo 14:22 14.11.2013

    Merci pour ton analyse. Il n'y a rien à ajouter mais je vais quand même essayer.

    Je ne crois pas qu'il y est une spécificité pour Essen. Ce qui est valable pour la couverture d'Essen me semble valable pour beaucoup d'autres informations ludiques. A savoir la prédominance d'une information superficielle sur les produits de la categorie jeux de société. Il y a pourtant tant d'autres choses a dire sur les jeux et tout ce qui tourne autour. C'est ce que tu fais d'ailleurs si bien ici !

    Je rajouterais que ce n'est pas parce que l'information a un prix qu'il faut forcément la faire payer : faire partager sa passion se traduit encore le plus souvent sur le net par le don.

  4. Xavo 14:24 14.11.2013

    Oups .... désolé pour les fautes, j'ai validé trop vite.

  5. damien 17:38 14.11.2013

    Un petit mot en passant. Je suis un peu débordé, donc je peux pas répondre systématiquement aux commentaires, mais j'apprécie énormément cette forme de discussion. C'est aussi pour ça que je poste ici.
    Jérémie, je voulais juste préciser un truc: le plaisir était palpable dans les podcasts que vous avez diffusé à l'occasion d'Essen et j'ai globalement beaucoup aimé. En fait, ma phase est a double entrée: on peut lire aussi que ce que vous avez fait est très original dans la forme et porteur de potentiel. Et au final, ça fonctionne bien en tant que partage à chaud -- on pouvait sentir les effluves de bière -- mais l'exercice a aussi ses limites. Voilà. Les podcasts plus réguliers, plus construits, que vous diffusez dans l'année sont vraiment intéressants.

  6. Tibi 18:01 14.11.2013

    Soulignons tout de même qu'en Belgique depuis 3 ans on voit monter l'intérêt médiatique concernant le jeu de société de manière explosive.
    Toutes les radios francophones de grande écoute ont un concours, une rubrique parlant de jeu de société.
    La presse papier produit pendant toute l'année divers articles confirmant que le jeu de société c'est tendance là ou il y a encore 2 ans on en parlait même pas.

    La RTBF et RTL-TVI qui se déplacent à Nuremberg et Essen justement pour faire plusieurs reportages JT et autres futures émissions encore en cours de montage ...
    tout ceci démontre plutôt que la médiatisation du jeu est en cours et que , effectivement pour les geeks habitués de Essen ... Essen se confirme comme ètant surfait ... mais pas pour monsieur et madame tout le monde qui est encore en train de découvrir que le monopoly est la boîte qui cache la ludothèque.
    C'est plutôt positif d'entre les médias dire : "le jeu c'est tendance et il faut qu'on suive son évolution sur le marché" ...

  7. Frederic 09:15 15.11.2013

    Essen, pour beaucoup c 'est loin et c 'est l' avant première de la production ludique de l' année à venir. Difficile d' omettre une couverture de cela, et devant l' énormité de ce qui est présenté, j' ai trouvé que la position de Tric Trac était la bonne, même si le premier article appelais à la polémique peut être inutilement.
    Pour avoir, enfin, pu me rendre sur place, faisant partie des "esclaves consentants" recrutés par Filosofia sur Tric Trac (une autre belle polémique!), je pense qu'il pourrait être intéressant de faire partager, par des reportages, cette "tempête" qu' est ce salon pour le joueur passionné. La Ville fourmille de joueurs de tout poils et tous horizons, et le soir toutes les tables de tous les salons d' hôtels, se transforment en tables de jeux. Les joueurs se rencontrent, discutent, partagent leurs expériences, leur découvertes de la journée. Essen c 'est aussi, plein de jeunes auteurs qui trimbalent leurs protos de rendez-vous en rendez-vous, suivre leurs parcours pourrait être intéressant, idem pour les éditeurs dont l' emploi du temps déborde de rendez-vous, avec ces jeunes auteurs, mais aussi, les auteurs "stars", d' autres éditeurs..... Comment préparent ils Essen, quelle est l'importance d' être présent? C 'est aussi ces milliers d' animateurs, tous plus ou moins bénévoles, qui s' éclatent en faisant découvrir les jeux aux joueurs ayant pu se rendre sur le salon. Comment se passe leurs salon, pourquoi reviennent ils pour beaucoup, année après années pour passer 3 jours a se casser la voix dans ce brouhaha hallucinant ? Bref, toute "l'industrie" ludique est présente, donc des sujets il y en aurai beaucoup a faire, jusqu'aux, et pourquoi pas, soirées V.I.M. (Very Important Meeple) que l'on entrevoit à la fermeture du salon en fin de journées, sur les stands de "gros" éditeurs.

  8. TheKingdom 09:17 19.11.2013

    Je comprends votre article alors que je ne suis jamais allé à Essen et que je rêve d'y d'aller.
    Je vais chaque année à Cannes et j'adore ce Festival. Il y a 100 fois moins de jeux mais c'est quand même vraiment chouette. C'est la 6e année que j'y vais et je ne suis JAMAIS déçus car j'y vais toujours en pensant qu'il faut que je vois le Salon avec mes yeux d'enfant !
    En effet la répétition d'un évènement fait que notre cerveau adulte voit les choses de manière sombre, on va regarder le détail et en oublier l'émotion première.
    Le Salon de Cannes c'est pour voir des jeux bien sûr mais surtout parler avec des éditeurs, rencontrer le temps d'une partie des joueurs occasionnels, partager un bon moment avec mes filles, acheter fébrilement une boite de jeux, etc...
    Dans notre monde où tout est business, froid et sans humour, il faut regarder les choses avec passion, avec les yeux d'un enfant pour s'émerveiller chaque jour d'être vivant.

  9. Bardatir 12:13 19.11.2013

    Pourquoi cet article est-il encore articulé sur TT ? Serait-ce la voix quasi unique du ludique Français ? Pourquoi, alors que toute la presse ludique française est présente pour son plaisir, devons-nous parler de son unique représentant (car il y était seul) ???

    Je ne vois aucun recul sur l'ensemble de la production (reportage n co) post Essen.

    La position de TT, comme tu l'as présenté est encore dans la norme qu'elle s'impose (un sujet polémique puis un peu de geekerie) Cela non plus ne change pas d'un iota.

    Par ailleurs, je ne vois pas de prise de position de ta part, mais un constat qui manque cruellement d'engagement.

    Voici le mien, et je l'assume !
    Comme il a été commenté plus haut, avant d'être une suite de nouveautés, le salon d'Essen est une expérience à vivre entre amis. Quel que soit le lieu, ce qui compte c'est d'y participer pour être dans un endroit loin de chez soi, et vivre sa passion. C'est ce que j'essaie de transmettre aux personnes qui me lisent, ni plus ni moins.

    Encore une fois, le jeu est avant tout social. Et le salon d'Essen comme nombre d'autres salon nous le rappelle à chaque fois.

    Un sujet vraiment intéressant aurait été celui de côté professionnel d'Essen dont personne ne parle. Et pourtant, des milliers d'entretiens y sont donnés, et de nombreux contrats/contacts y sont faits !

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