Edito de Février 2004 - Des goûts ludiques

En 1999, le site La Guilde avait pour vocation de continuer un bulletin interne à une bande d'amis et de m'initier au web. Il est venu se greffer là-dessus quelques contenus "jeux de rôles" et très vite des critiques de jeux de société, des "jeux de plateau", comme on dit dans le monde du jeu de rôles.
Activité professionnelle aidant, le jeu de rôles est devenu difficile pour moi (comme pour beaucoup de personnes dans ce cas). Les jeux de société devinrent alors une alternative séduisante pour jouer autour d'une table sans trop d'investissement.
Néanmoins, j'arrivais dans cet univers avec une culture de roliste très prononcée. Je ne connaissais du jeu de société que les classiques de supermarché (dont Diplomacy, Risk, ...), les jeux abstraits (Echecs, Tarot...) et ces fameux jeux de plateau. Qu'est-ce donc ? On y trouve de tout : les jeux de simulation/conquête à l'anglo-saxonne (Civilization, Britannia...) dont les wargames, les petits jeux de cartes (type Asmodée), et quelques jeux avec plateau moins orientés simulation (SuperGang ou Les Voleurs de Bagdad). La caractéristique de cette catégorie est avant tout de contenir des jeux qui sont achetables au même endroit que les jeux de rôles (JDR) et donc d'appartenir à la même culture, basé sur l'imaginaire, au thème fort et aux mécanismes souvent simulationistes.
Il existait déjà d'autres jeux (ceux de Sid Sackson, Alex Randolph...), malheureusement, ils n'étaient pas dans mon univers. J'ai evidemment gardé cette culture ludique jusqu'à aujourd'hui mais elle a beaucoup évolué.
Je connus en janvier 2000 mon premier jeu allemand : Kahuna. Ce ne fut ni un choc, ni un changement de cap. J'achetais simplement un jeu à deux pour jouer avec Madame dans ma boutique de JDR ou Tilsit a ses entrées.
Un premier véritable changement vint avec Vinci (Keayerts) puis avec Samurai (Knizia) traduit par Descartes donc disponible en boutique de JDR. Le premier fut rapidement adopté car c'était un jeu de conquêtes avec des terrirtoires et des pions qui en attaquent d'autres. J'étais dans un univers connu. Néanmoins, il introduisait des mécanismes qui ne se voulaient pas simulationistes et le thême y est faible. Je commençais à mon insu à découvrir un autre style de jeu.
Samurai fut une grande déception pour moi : sous l'apparence d'un jeu de conquête se cache en fait un sympathique petit jeu abstrait. Néanmoins, je n'étais pas capable à l'époque de le voir : ma grille d'analyse était autre. Je me fendis donc d'une critique assassine, trouvant le jeu mou et le thème galvaudé. Je découvris à quel point j'avais évolué 2 ans plus tard quand j'y rejouais. Samurai me parut alors interessant, trop léger mais rapide. Pas merveilleux, mais pas mauvais.
Entre temps, j'avais découvert des merveilles comme Die Fursten Von Florenz, Java ou La Citta. J'avais enrichi mon système de référence issu de ma culture JDR, basée sur le thème et la simulation, par une culture "jeux de société" plus globale permettant d'apprécier divers mécanismes ludiques.
L'enrichissement fut double. Car en apprenant à connaitre les jeux de société, je me découvris également une posture élitiste tendant à mettre en avant les jeux de tactiques/stratégies, si possible sans hasard. Je snobais du même coup des jeux comme Pictionnay qui sont pourtant drôles. Ce dernier jeu, mais aussi des jeux comme ceux de Mathieux d'Epenoux ou Philippe De Pallieres auquels j'aime jouer, débloquèrent ce dernier verrou en me faisant comprendre mes contradictions. J'appris les vertus du hasard, de la déconnade et de la convialité qu'ils soient grand public ou pas.
La dernière étape de mon "initiation" vint de mon expérience de vendeur de jeux pour Noël 2003. J'ai découvert à cette occasion l'incroyable richesse des jeux pour enfants. Je jous à certains d'entre eux, comme Baren Stark. Des autres, j'ai retenu que dans l'univers du jeu pour enfant, les créateurs sont souvent débridés, n'hésitant pas à innover radicalement et à sortir des styles à l'instar de Roberto Fraga.
Tout cela pour dire à quel point, nous sommes tributaires de notre culture ludique pour apprécier les jeux de société. Ma connaissance du monde ludique aidant, mes gouts ont évolués. Je doute que je puisse refaire un Ave Tenebrae (wargame médieval fantastique pas très interessant) aujourd'hui. Néanmoins, je peux mieux le juger pour ce qu'il est, car j'ai connus Squad Leader ou Cry Havoc. Ce ne fut pas le cas quand j'ai découvert Samurai, même s'il ne correspond toujours pas à mes gouts. Cette propension à juger avec la mauvaise grille d'analyse, nous l'avons tous. Il ne peut en être autrement. Mais il faut le savoir pour comprendre pourquoi, au delà des gouts, les avis varient tant.
Article paru sur la Guilde
Par Xavo - 1 février 2004

Laisser un commentaire:


Pour animer votre commentaire:
:D    :)    :lol:    ;)    ?:    :(    >:(
Nous n'acceptons plus de lien dans le texte de vos commentaires afin d'éviter les spams.
Merci de votre compréhension