L'avis de Damien

De 1 à 2 parties jouées - 28 décembre 2012
 
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Alors que l'année s'achève doucement, à l'heure des bilans et des rétrospectives, je réalise à quel point les jeux qui m'ont véritablement marqué durant cette période s'avèrent finalement peu nombreux. L'habitude, sans doute, fait que je suis moins facilement surpris. Et cela est d'autant plus prégnant qu'il y a eu à mon sens pas mal de redites et de bégaiements dans ce qui nous a été proposé. Alors, disons, au débotté, que parmi les sorties de la saison je pourrais retenir... quoi ? Eclipse, 1812-l'invasion du Canada peut-être, la nouvelle édition du Réveil de l'Ours, certainement, Archipelago, oui... Innovation et Pix, à la limite. C'est peu et c'est beaucoup à la fois. Mais la véritable surprise est venue sur le tard, en la personne de ce Sherlock Holmes - détective conseil (SHDC). Bien que je sois complètement passé à côté au moment de la sortie, je m'en voudrais de ne pas saluer avant la fin de l'année cette franche réussite éditoriale.

Cette réédition, largement retravaillée, par Ystari d'un classique (?) de 1985 mérite clairement le détour. Ne serait-ce que pour satisfaire sa curiosité et découvrir une expérience de jeu assez singulière qui ne ressemble pas à grand chose d'autre. L'histoire de cette entreprise est assez fascinante. Oeuvre de passionnés, menée non sans risque ou difficultés, elle a rencontré un succès critique et public important. Un opportun mais justifié Grand prix du Jury à Cannes a par ailleurs contribué à le faire connaître au delà des simples cercles d'initiés. Il n'était pas dit au départ que cette réédition rencontrerait un tel succès. Certes, le jeu avait sa petite réputation et l'entreprise était menée par un éditeur pointu. Il n'empêche. Mais je crois qu'il est arrivé à propos, en proposant quelque chose de réellement différent, dans une époque un peu saturée de jeux.

Il aurait pu faire un cadeau de Noël idéal. C'est un bel objet. Le choix de la boîte est sans doute destiné à renforcer l'aspect jeu de société et à ne pas trop dérouter l'amateur. Mais, qu'on ne s'y trompe pas, il aurait pu être aisément présenté sous la forme d'un livre. Pas de pions, de plateau, de cubes, nous sommes plus proche, dans la forme et l'esprit, d'un livret de jeu de rôle ou d'un Livre dont vous êtes le héros. Les illustrations, la mise en page, les polices, même si elles ne sont pas forcément les plus à mon goût, sont plutôt réussies. La "modernisation" graphique est plutôt bien faite, efficace en tout cas. La boîte de base compte dix enquêtes. Elles sont agrémentées d'autres que l'on trouvera sous différentes formes (enquêtes exclusives réalisées par des fans sur internet; deux inédits: "La rançon du diable" et "La piste tordue"; extension Carlton House publiée ces jours-ci.) Nul doute d'ailleurs que, vu le succès de la série, des déclinaisons qui ne manqueront pas de venir. Qui aime ce genre de choses a la promesse d'heures de jeu importantes.

Chaque enquête suit un scénario nous mettant en présence d'une affaire qu'il faudra résoudre. Pour ce faire, nous passerons de personnes en personnes, et de lieux en lieux, en suivant les indications du livret. Il n'est pas nécessaire d'être amateur de jeu de rôles, ou même d'être passionné de Holmes, pour apprécier l'expérience. Il y a assez peu de théâtralité. Le jeu est par contre assez "ouvert": malgré la trame sous-jacente, il est possible d' essayer plusieurs choses. Trouver une adresse sur le plan, lire le journal à l’affût d'une information, d'un déclic, faire des déductions, mesurer des temps de parcours, confronter des alibis, etc. Le sentiment de liberté est vraiment agréable, plus important que dans un LDVEH auquel la structure des enquêtes fait penser, mais néanmoins plus guidé et plus rassurant que dans un jeu de rôle. La construction des affaires est semble-t-il inégale. Certaines sont plus difficiles, ou plus évidentes de l'avis des spécialistes. Il n'en reste pas moins que le principe reste le même à chaque fois. La déduction en groupe, la confrontation des hypothèses, le partage du travail, la recherche d'une méthode, la confrontation avec les propres déductions de Holmes, en constituent le sel. Une fois la partie achevée, le plaisir se prolonge d'ailleurs quand on revisite à rebours les constructions alambiquées de nos déductions. Pour cette raison on déconseillera fortement d'y jouer en solo ou même à deux: ce serait un contresens. Il faut aussi sans doute que le groupe ne soit pas trop nombreux pour que chacun puisse apprécier. La limite de huit indiquée sur le site de l'éditeur est peut-être un peu ambitieuse et correspond peut-être à une variante en deux équipes de quatre. Dommage que tout cela ne soit pas plus clairement indiqué.

Encore faut-il pour l'apprécier s'entourer de précautions. Le jeu ne conviendra ni à tout le monde, ni à toutes les occasions. Les avis négatifs sur le jeu sont à cet égard assez éclairants. Il nécessite un public ouvert d'esprit et motivé, ainsi que des conditions adéquates pour donner son plein potentiel. Évitez les fins de soirée, les moments de fatigue, les gens qui ne seraient pas sensible à ce genre de jeu. L'alchimie particulière reposant beaucoup sur l'ambiance, la collaboration, les moments de lecture étant nombreux, l'attention demandée importante, cela ne se fera pas dans n'importe quelles conditions. Il faut savoir que SHDC est assez particulier: il peut être destiné à un public large, au delà des "core gamers", mais celui-ci doit être bien préparé. Lors de la première enquête, même s'il les règles sont on ne peut plus simples (on suit une piste, on lit, on parle) il est assez déconcertant de ne pas savoir comment jouer. Assez vite, pourtant, on se trouve embarqué dans cet univers. Il est déconcertant également de voir que les construction des cas sont assez "dures" et demandent un travail important de déduction. Le jeu n'est pas à prendre à la légère. Il demande de l'investissement.

Cela ne va pas sans bémols, bien sûr: la règle, inchangée par l'éditeur, alors qu'elle aurait pu l'être sans dénaturer le jeu, est assez étrange. Elle incite à comparer le temps mis par les enquêteurs pour résoudre l'affaire aux propres déductions de Holmes. Ce qui s'avère un peu artificiel et très décourageant. Tenter de résoudre l'affaire en utilisant le moins de pistes possibles, comme on nous y invite implicitement, peu vraiment gâcher le plaisir. Par contre, le système de questions est intéressant (l'enjeu va au-delà de la découverte du coupable, il faut souvent comprendre le mobile et des éléments connexes). Assez vite, donc, il sera conseillé de s'éloigner de cette proposition pour jouer selon ses propres lois: trouver une manière de faire qui préserve la tension et qui en même temps nous laisse le temps de savourer l'histoire. Arrivé au terme de cette chronique, je m'aperçois que je suis bien en peine pour retraduire l'expérience particulière que donnent à vivre ces parties. Raison de plus pour que vous en fassiez vous-même le détour par là. Pour moi, il s'agit clairement d'un des cinq jeux les plus marquants de 2012.

 
  • L'univers de Holmes
  • L'expérience de jeu assez unique
  • Le fait de jouer en groupe
 
  • La "règle"

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