TinyButStrong Error in field [var.id_critique...]: the key 'id_critique' does not exist or is not set in VarRef. (VarRef seems refers to $GLOBALS) This message can be cancelled using parameter 'noerr'.
LudiGaume : Articles

Revue des médias # 2: Alternatives

Sans doute y-a-t-il des personnes aptes à comprendre ce qui se joue actuellement et à se former un avis définitif sur la question, mais la sensation qui domine pour moi reste celle d'une accélération trop rapide pour être saisie. Chaque jour charrie son lot d'informations; les mutations en cours s'avèrent difficiles à penser, comme les enjeux de demain.


Tout juste peut-on noter que les tendances soulevées dans les dernières rubriques, comme la question du financement, se confirment (Wikipédia, Boardgamegeek, Owni et d'autres ont fait des levées de fond.) Dans le même temps, la vidéo, étrangement présentée comme étant tout à la fois cause (cela coûte cher en matériel et en bande passante) et argument (vous aurez un "plus produit") de la marchandisation du contenu, semble prendre une place de plus en plus importante dans le monde du jeu. Cette "ruée vers l'or" auquel nous assistons pourrait nous faire perdre de vue deux éléments importants. Le premier d'entre eux est que, pour excitante qu'elle soit, la télévision reste un outil difficile à manier qui, par ailleurs, génère ses propres limites; le second est qu'il existe depuis longtemps des alternatives fort convaincantes au tout-image et qu'elles sont loin d'être périmées. Voire, elles peuvent introduire une profondeur de champ que n'aura jamais la vidéo.

Live (and let die)
Dans les semaines qui suivirent le premier "live" de Tric Trac, et dans la suite logique du mouvement initié par Youtube visant à proposer des programmes de télévision sur internet, nous apprenions le lancement de deux "chaînes" américaines consacrées au jeu: Geek and Sundry et Boardgamegeek . Celles-ci viennent s'ajouter aux nombreuses propositions existant déjà outre-atlantique. Et, bien sûr, il y aurait beaucoup à décrypter de ces images, de ces intentions, de ces effets, de ce qui se répète là, mais... je n'ai tout simplement pas le temps pour ça. Pas l'envie non plus. Pour tout dire, je suis plus occupé à rechercher des images de concerts, largement plus excitantes pour moi. D'autant qu'en arrière-fond de ces visions fugaces du monde du jeu en train d'essayer de produire des images télévisuelles, je repense sans cesse à ce que le critique de cinéma -- et pendant quelque temps de l'image au sens large -- Serge Daney énonçait il y a quelques années au sujet de la télévision. Propos -- "un outil d'anti-production et d'anti-désir" -- qui restent d'une cuisante actualité.


Malgré tout, un semblant de curiosité et d'ennui a fait qu'avec un temps de retard, alors que quelque chose de l'expérience (la promesse du direct, de l'interactivité) était déjà altéré, j'ai regardé le live de Tric Trac. Regardé... le mot est sans doute un peu exagéré. Devant les choix de mise en scène (ce blanc! cette fenêtre skype! ces plans! ces inserts!) qui m'étaient assez insupportables, je l'ai finalement assez vite écouté comme un podcast, en préparant un article à coté. C'était largement plus supportable ainsi. Cela permettait de se consacrer sur le fond qui, ma foi, si l'on excepte la fin abrupte, complètement ratée, ainsi que les private jokes pénibles et les rires nerveux qui parsèment le tout, était plutôt intéressant. Une question demeure cependant: qu'apporte l'image au discours dans ce cas ?

Radio, Radio
Ce sont les mêmes raisons qui m'avaient fait délaisser, pendant quelque temps, La radio des jeux. Trop de blagues foireuses et obligées, trop de familiarité, trop de sujets convenus avaient tué toute envie chez moi de suivre cela avec attention malgré des promesses initiales et quelques numéros intéressants.. Une erreur, sans doute. Depuis, une nouvelle équipe a repris les choses en main et confirme tout le potentiel de ce média. La dernière émission, consacrée à la rencontre avec les fondateurs de Funforge (saison 4, épisode 3) fut assez passionnante. Le discours des éditeurs, en particulier dans les liens qu'ils tracent avec le monde du jeu vidéo, la perspective d'emblée internationale, le ton posé, le regard porté sur leur métier, le retour sur Isla Dorada, s'avérait très pertinent. Il l'était d'autant plus que ces gens, au contraire d'autre, ne sont pas omniprésent dans le paysage ludique. L'exercice n'est pas évident puisqu'ils prennent le parti de travailler dans la longueur (deux heures). Mais ils s'en sortent très bien. Je vais écouter cela a rebours.
Les podcasts constituent un exercice qui me fascine. Dans le monde ludique, ils sont très nombreux. Dernièrement, l'un des plus intéressants que j'ai eu le loisir d'entendre fut celui de Ludology . Ma faible maîtrise de l'anglais m'empêche d'apprécier pleinement, mais j'en comprend suffisamment pour réaliser à quel point les podcasts américains ont, en règle générale, une approche critique et analytique bien plus fouillée et originale que leurs homologues francophones. Mais je serais ravi qu'on me démontre le contraire. Comme pour les tentatives de faire de la télévision sur les jeux, l'impression domine qu'ils ont une longueur d'avance.


White Riot
L'évolution et la constance du magazine White Flag au fil du temps est à saluer. Son existence aussi. Du numéro 1, lancé il y a trois ans, au numéro 13, sorti il y a peu, une belle aventure se dessine sous nos yeux. Initialement centré sur le wargame et ses dérivés (comme ce très intéressant numéro 2 consacré à Space Hulk), il a rapidement pris la tangente, s'autorisant à parler de jeux plus... habituels et grand public. Des numéros sur King of Tokyo, les jeux festifs ou Sherlock Holmes (un gros succès pour la revue, avec son enquête inédite) suivirent. A chaque fois, il semble se trouver là où on ne l'attend pas. Cela aurait pu donner l'impression d'un fourre-tout hétéroclite si l'auteur n'avait au préalable dessiné une ligne éditoriale forte et claire, à la savoir le principe de la monographie. Chaque numéro est consacré à un jeu donné, ce qui autorise un traitement large, long, profond. Il ressemble donc à un magazine dans la forme, mais en allant à l'encontre de la pluralité qui habituellement fait partie de l'identité du genre. La mise en page s'avère plutôt agréable, classique sans être exceptionnelle, l'écriture sobre et élégante. Le numéro consacré à Wiz War, même si ce jeu ce n'est absolument pas ma tasse de thé, m'a vraiment intéressé. Les chiffres de téléchargement démontrent que la diffusion reste assez modeste, ce qui est assez injuste quand on les compare au nombre de visions produit par n'importe quelle vidéo de la tric Trac TV.


Le magazine, plus ou moins marquant selon ce qu'il prend comme objet, propose toujours des choses de qualité. Reste que, comme d'autres, il se trouve confronté à des problèmes liés à sa nature. Premièrement, la lecture sur écran -- est-ce différent sur tablette ? -- fait que l'on passe un peu vite, que d'emblée l'on n'accorde pas la même attention qu'à un format papier. Quant à la proposition de l'imprimer... Cela constitue vraiment la limite ontologique des publications PDF. Qu'elles empruntent la forme séduisante d'un magazine papier n'y change pas grand chose au fond, ou si peu. Aussi, quand le magazine propose à ses lecteurs de payer une somme modique pour soutenir l'initiative, cette contradiction n'en devient que plus apparente. Alors que la somme qu'ils demandent (1,50 euros) est moindre que mon quotidien national, et bien moindre que nombre de magazines auxquels je suis fidèle, je m'étonne de ressentir des réticences à payer. La qualité de l'ouvrage n'est pas en cause, puisque, comme annoncé plus haut, je le trouve vraiment bien fait, cela est plus lié sa nature. Avoir ou ne pas avoir d'objet physique à tenir entre les mains reste un levier important pour moi. Mais c'est sans doute une affaire de génération avant que ces vieux verrous ne sautent. Après tout, les livres, les jeux, les revues professionnelles, furent facilement dématérialisés et vendus comme tels avec une facilité étonnante.

Simpathy for the devil
Sur la foi d' un article de Gus and Co, j'ai découvert Twitter. C'est totalement effrayant.

Jealous again
De Bruno Faidutti, je gardai l'image d'un "éditorialiste" engagé, capable du meilleur comme du pire. A l'époque de son ancien site, les éditoriaux, les choix opérés pour son jeu de l'année, son système de classification me furent très utiles pendant un temps. La qualité de son écriture, la largeur de son analyse, la volonté d'écrire en français et en anglais sont des choses pour lesquelles je garde le plus grand respect. Ces éditoriaux parcimonieux me donnaient souvent la sensation de "décaler" les enjeux. Bien sûr, cela était au prix d'une écriture quelque peu auto-référencée, n'évitant jamais vraiment la promotion de ses propres jeux. Mais pourquoi pas, après tout, c'est son site. Il y a quelque temps, il a choisi de migrer pour un blog sous Wordpress. C'est approximativement l'époque où j'ai commencé à m'en désintéresser, sans savoir ce qui de la forme, vraiment pas agréable, ou du fond, qui me semblait plus dispersé, moins intéressant, en était la cause. Le tout devenait à mes yeux plus commun. A bien y réfléchir, si je maintiens que formellement son site est raté, il n'a pas changé tant que ça dans le fond. Sans doute sont-ce mes attentes qui ont évolué.


Néanmoins, deux coup d'éclats récents ont réinscrit ce site sur la carte des lieux à visiter régulièrement. D'abord ce complet hors-sujet consacré à l'enseignement puis un article qui suivit de peu consacré aux cartes dans les jeux de société. Loin de l'indifférence que provoquent en moi nombre de productions issues du web ludique, ces deux articles m'ont remué. Plusieurs sensations se mêlaient là: l'intérêt profond, le désaccord, l'admiration, l'envie d'en découdre, et... la jalousie. L'article sur les cartes, par exemple, comment le dire autrement... "j'en rêvais, Faidutti l'a fait"...et beaucoup mieux que je n'aurais pu imaginer le faire moi-même. Il évite d'ailleurs, en grande partie en tout cas, les deux écueils de l'exercice: "l'effet catalogue" et le "propos abscons". Sur son Facebook, il a annoncé l'article en disant (je cite de mémoire): "j'aurais pu continuer longtemps, mais il faut bien s'arrêter un jour." C'est vrai. Sans doute, d'ailleurs, aurait-il du arrêter cet article avant. Ou le faire en deux parties. On touche là sans aucun doute à la limite de l'exercice. La coupe, le montage, la scansion: internet nous contraint. Toujours est-il que je suis jaloux comme au premier jour. Si je puis dire. Pour qui s'intéresserait à ces histoires de cartes, deux liens peuvent peut-être vous amuser si vous ne les connaissez déjà. Premièrement, pour en revenir à Serge Daney, voir dans cet extrait de Itinéraire d'un cinéfils ce qu'il dit des cartes et de l'image. C'est un point d'entrée comme un autre. Autre ouverture très intéressante, l'amusant article de Pierre Jourde, qui détonne quelque peu par rapport à ses productions habituelles. C'est tout pour cette fois.

Par Damien - 14 décembre 2012

1 commentaire

  1. jb 17:13 17.12.2012

    Je ne connaissais pas Whiteflag, et j'avais laissé tomber la radio des jeux... merci Damien !
    Je commence à comprendre ce que tu entendais par "revue des médias", c'est sympa en fait... mais faut avoir pas mal de temps devant soi !!
    Il existe plein de manières de traiter du jeux de société, c'est l'idéal, comme ça chacun y trouve son compte ! Vive la diversité !

    (HS : je te propose les titres de tes prochains articles : Fascination, Tentation, Hésitation, Révélation... ah non ça c'est déjà pris !)

Laisser un commentaire:


Pour animer votre commentaire:
:D    :)    :lol:    ;)    ?:    :(    >:(
Nous n'acceptons plus de lien dans le texte de vos commentaires afin d'éviter les spams.
Merci de votre compréhension