Soyons exigeants ! (partie 1)

Avez-vous joué à Müll+Money ? Ce jeu allemand de Jürgen Strohm dénonce les dérives du capitalisme et entre autre les conséquences environnementales de la production en plaçant le joueur dans la peau d’un chef d’entreprise bien embêté par sa production de déchets.



Est-il utile de rappeler le bilan écologique de l’humanité ? Disparition d’espèces animales, affaiblissement de la biodiversité, pollution majeure des terres, des cours d’eau, des océans et de l’air et une destruction massive des paysages. Un des pires fléaux écologiques restent selon moi le consumérisme, c’est-à-dire une consommation non raisonnée, insoutenable : consommer pour consommer.

L’industrie des jeux de société est une goutte d’eau dans l’océan de la consommation : néanmoins elle impacte également l’environnement. L’Europe est vertueuse en matière d’environnement : beaucoup d’études le montrent. Un certain nombre d’autres études expliquent aussi qu’elle a délocalisé sa pollution. Ce phénomène est particulièrement compréhensible avec la Chine. Devenu l’atelier du Monde, ce pays est aussi un grand contributeur à la pollution des milieux naturels. (Environnement en Chine)
Un article du Parisien nous apprend que 6 jeux sur 10 viennent de Chine… Pour ce que j’en sais, les pièces en plastiques de nos jeux sont produites en Chine.
Le coût écologique du transport est important. Tout d’abord, il est nécessaire de transporter les matières premières vers les industries. Les flux mondiaux se dirigent aujourd’hui massivement vers l’Asie. Par exemple, 75 % de la production de bois mondiale est importée par la Chine. Ensuite, tout ce qui est produit ailleurs doit être acheminé sur les lieux de ventes. Le transport par cargo est nocif pour les océans (rejets divers, bruit, et collisions) et un grand émetteur de particules fines liées à l’usage de fioul lourd (Wikipedia et Le Monde).

En matière environnementale, des éditeurs tentent de faire produire leurs jeux en Europe, d’utiliser du carton et du bois voir même, pour certains, des matériaux 100% bio ! Queen Games décerne à ses jeux produits en Allemagne le label Green Games. Blue Orange plante deux arbres pour chaque arbre utilisé pour leurs jeux.



Il est pourtant possible de faire bien plus : circuit-court, économie circulaire, choix des matières premières responsables… etc. Certains l’ont démontré.
Bioviva est dans une démarche responsable depuis de très nombreuses années, précisément depuis 1996. La société de Montpellier produit ses jeux dans la Drôme (voir document de communication Bioviva : Conception et fabrication d'un jeu). La société communique ainsi sur ses valeurs environnementales :

« Nous :
- fabriquons en France depuis 1996,
- choisissons avec soin nos matières premières (papier, carton, bois, encres, teintes, vernis) ainsi que l’endroit d’où elles proviennent afin de limiter les transports,
- évitons les suremballages dans les boites de jeux,
- utilisons des encres à base végétale, des papiers et cartons labellisés FSC,
- créons des jeux qui excluent systématiquement l’utilisation de matériaux issus de la pétrochimie, tels que les plastiques. »


Sky Frog Games (Terrabilis) indique répondre à ces valeurs dans la production de ses jeux :

« - Utilisation de matériaux plus écologiques (recyclés ou recyclables, certifiés, moins polluants, robustes…)
- Fabrication en Europe afin de réduire les impacts liés aux transports et garantir une fabrication dans le respect de normes sociales et environnementales plus strictes
- Travail avec des chantiers d’insertion et une entreprise employant du personnel handicapé pour la première édition de MIXMO
- Réalisation d’une étude avec l’ADEME et le cabinet conseil LABELIA afin d’identifier de nouvelles pistes pour réduire les impacts associés à la réédition de TERRABILIS »



Les sociétés les plus responsables produisent des jeux aux thèmes le plus souvent en lien avec leurs valeurs, parfois avec l’aide des institutions locales ou nationales. Elles sont souvent dans une démarche d’éducation, qui n’est pas particulièrement ce que recherchent les joueurs. Leurs jeux ne sont en effet guère plébiscités par les joueurs au vue du top 100 de BGG…. Il s'agit pour moi simplement d'expliquer qu’il est possible de produire autrement et que ce savoir-faire est disponible, pas de dire qu'il ne faut acheter que les jeux produits par ces sociétés. Je pense que les plus gros éditeurs devraient s’en inspirer et communiquer dessus.

Alors oui, certains jeux seraient plus chers produits plus proches avec d’autres matériaux. Certains jeux n’auraient tout simplement pas le matériel qu’ils ont s’ils étaient produits en Europe (pas de plastique). Certains jeux auraient du mal à développer un marketing aussi convaincant, en particulier pour ceux en crowdfunding. Et alors ? Avec du carton, du bois et du papier, il y a de quoi faire des jeux magnifiques, tout aussi immersifs à mon avis. Les exemples sont multiples.

Au final, acheter un jeu revient à faire un choix en matière d’impact environnemental, aussi minime soit-il. Adorer déballer un jeu, découvrir les règles et le matériel, dont au premier chef les figurines en plastique, est bien compréhensible mais comment ne pas s’interroger sur l’impact environnemental de ce péché mignon ? Je suis comme beaucoup : j’ai eu ma période d’achat compulsif de jeux de société aux alentours de 2000-2006 et ce, jusqu’à avoir 25% de jeux sous cello et 50% de jeux non joués dans ma ludothèque ! Depuis, j’ai fait du ménage dans ma ludothèque et j’ai fixé une limite haute, très confortable, de 200 jeux. Je suis même revenu de mon dernier Essen avec une seule boite sous le bras. J’en ai donné des dizaines pour atteindre la limite et ne rentre un jeu qu'en en sortant un. J’ai déjà renoncé à acheter des jeux produits à l’autre bout du monde, juste par souci environnemental. C’est devenu un vrai critère de décision. Je retourne donc la boite pour aller lire le lieu de production, généralement indiqué en petits caractères près du code barre. Notons que l’appellation « Made in… » n’est pas toujours suffisante (ne distinguant pas l’assemblage et la production réelle des éléments) et il est difficile d’avoir une information sur tout ce qui compose un jeu (encre, colle…).. mais c'est déjà ça. Je fuis les crowdfunding avec leur cortège de goodies et les buzz qui n’existent que pour ceux qui y croient. En fait, je favorise les jeux qui ne sont pas oubliés quelques années après leur sortie : ce sont en général des valeurs sûres. Je n’achète plus jamais pour posséder : j’achète des jeux que je sais que je vais approfondir. Je vais aussi plus volontiers vers l’occasion. Résultat ? J’achète maintenant un ou deux jeux par an… pas toujours de façon bien responsable, je l'avoue, mais on est loin des dizaines d’antan !

Donnons un signal à la filière : achetons moins de jeux, mais mieux, pour y jouer plus, critiquons les choix environnementaux des acteurs de cette industrie, payons plus chers pour garantir les marges de l'ensemble de la branche, et soutenons les initiatives responsables. Soyons exigeants.
Par Xavo - 3 août 2018

1 commentaire

  1. Eolindel 12:13 10.08.2018

    Bonjour,

    Bien que préoccupé par ces préoccupations également, il est vrai que les société respectant des standards environnementaux élevés sont très faibles. Et pour avoir joué avec des jeux bioviva, ce n'est clairement pas la panacée en terme de plaisir ludique. Pour moi, c'est avant tout le marché de l'occasion avec des sites comme okkazeo qui peut permettre de donner des secondes vies à des jeux bien établis et les jeux « jetables » comme unlock. Il y a mine de rien beaucoup de choses qui passent en occasion du moment que l'on a un peu de patience. De même, plus ça va, plus je peste après le packaging excessif des jeux, les exemples à la deep-sea adventure sont trop rares avec des boîtes largement surdimensionnées pour le contenu. Il n'est pas rare de pouvoir faire tenir 2 à 3 jeux dans une boîte.

    Et de manière assez similaire, je n'hésite pas à recycler les jeux abandonnés de la maison à des amis. Mais à ma connaissance, la production en Pologne est aussi de plus en plus fréquente et diminue le transport. (cela évite les délais de transports et leurs aléas) Bref, il y a suffisamment de jeux produits et achetés par rapport à notre temps de jeu.

    Le consommateur doit tout autant réfléchir à ses achats pour limiter l'aspect compulsif que les producteurs doivent faire attention à leur impact environnemental. Car les joueurs ont effectivement vite tendance à faire de la boulimie et avoir des jeux qui dorment dans les placards (moi le premier).

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