L'avis de Guillaume

Plus de 10 parties jouées - 1 mai 2007
 
Indispensable
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J'ai découvert ce jeu il y a peu mais j'avoue avoir été conquis. Je reconnais que la part de chance est conséquente, même en appliquant les variantes disponibles. J'ajouterai qu'à l'instar de Genial, ces dominos vitaminés cachent un jeu de blocage assez méchant (mais également assez frustrant) qui peut sans doûte pallier en partie à de mauvaises tuiles.

En passant commande de ce jeu, je me suis interrogé sur mon choix : Colons de Catane prend la poussière dans mon placard, les Aventuriers du Rail m'amusent sans m'inviter à l'achat... Au delà de la découverte d'un classique, allais-je apprécier ce jeu qui a fait découvrir les jeux de plateau modernes à tant de personnes ?
Une fois ce premier doûte écarté (sans motif précis), je me demandais encore si je faisais le bon choix. Sur internet, on ne manque pas de mettre en avant deux jeux de plateaux autonomes dérivés du jeu original : Carcassonne "Préhistoire" (la boîte verte) et Carcassonne "La Cité" (la boîte en bois) pour lesquels on ne cesse de clâmer qu'ils ont su surpasser l'original. Malgré toutes ces remarques surement justifiées, je n'ai pas pu m'empêcher de quérir la boîte bleue : l'original.
Avec le recul, je me dis que l'illustratrice doit y être inconsciemment pour quelque chose (Elle est notamment illustré Tigre & Euphrate et Sankt Petersburg, deux jeux pour lesquels je porte une haute estime).
Je ne sais pas toujours pas si un autre choix ne m'aurait pas plus satisfait mais je sais tout de même que j'apprécie le jeu.

Outre l'illustration de couverture, je dirai que la constitution progressive du paysage fait beaucoup pour le jeu. C'est un plaisir de l'oeil que de voir les champs et les agglomérations se constituer, offrant à chaque partie un contour différent. Le matériel est indéniablement esthétique : à la fois sobre et coloré, il sert de support aux magnifiques partisans dont l'allure pataude et les couleurs ont fait le signe de ralliement des "Eurogamers" (joueurs de jeux à l'allemande).

Carcassonne comble l'absence de jeu de placement pour débutant (on pourra me rétorquer qu'il existent d'autre jeux qui satisfont à cette définition mais Carcassonne est sinon le premier, au moins le plus connu).
Dans mon esprit, un chemin magique se dessine entre Carcassonne, Samuraï et Tigre & Euphrate en termes de durée et de complexité. Au delà de mes élucubrations, le jeu a prouvé sa capacité à éveiller l'intérêt des indécis et des joueurs qui s'ignorent. Si la description des règles peut inquiéter les joueurs habitués aux seuls Echecs, Abalone et Belote (notamment celle sur les champs qui n'est pas des plus limpides), quelques tours de jeu ne tardent pas à éclairci l'horizon.
La partie semble suffisamment ouverte et détendue pour chacun y trouve son compte : ceux qui n'apprécient guère la compétition apprécieront de pouvoir poser d'inamovibles partisans et de construire pour soi (et soi seulement), les plus véléitaires de se battre pour la domination des champs et le contrôle des châteaux-forts.
Le jeu étant apprécié et donnant même envie de rejouer dès la première partie, on ne s'étonne pas qu'il ait reçu le Spiel des Jahres et connu ce succès "grand public".

Le jeu est rapide et fluide même si les joueurs les plus agguerris chercheront tout autant à bloquer les gains adverses qu'à assurer les leurs. Ce comportement conduit à un jeu beaucoup plus aggressif mais génère un paysage lunaire qui réduit un peu le charme du jeu. Il consiste à mémoriser les tuiles rares (les monastères au bout du chemin, les tuiles villages pleines, etc.) et à provoquer des paysages qui ne peuvent plus être complétées soit parce que la tuile n'existe pas, soit parce qu'elle a déjà été posée.

A ce titre, on en vient vite à regretter qu'il n'y ait pas plus de tuiles dans la boîte de base pour varier les plaisirs. Qu'à cela ne tiennent, les extensions de Carcassonne (outre les "dérivations" citées précedemment) sont, semble-t-il, légions et amènent leur lot de règles additionnelles et de tuiles complémentaires. Il va être difficile de résister...

Après quelques parties, je me prononce en faveur d'une côte "Indispensable" : petit format, plaisir de jeu renouvelé et surtout grande accessibilité. Carcassonne a remplacé les Colons de Catane dans la catégorie "jeux d'initiation" (du fait sans doute d'une découverte plus tardive mais également d'un penchant personnel affirmé pour les jeux de placement).

 
  • L'esthétique du jeu (pions et tuiles)
  • Son accessibilité
  • Le côté convivial du jeu de pose
  • Sa grande fluidité
 
  • Les trous dans le paysage successifs aux coups de blocage
  • La part de hasard

4 commentaires

  1. Paul 12:49 05.05.2007

    Guillaume donne un avis éclairé sur le jeu, que je partage entièrement, même si, tout de même, en l'état Carcassonne n'est guère un jeu à rebondissements ni à retournements spectaculaires qui font les vrais grands jeux. Mais c'est un jeu néanmoins tranquille, prenant et reposant. A jouer en savourant une bonne bière bien nourrissante et en devisant des mérites comparés de la choucroure de poisson et du waterzoie, des beignets au pommes et de la tourte à la cannelle.
    Une petite remarque au passage : Guillaume pourrait-il écrire de temps à autre en français, pour rendre la lecture de ses fiches plus accessible au vieux joueurs comme moi, bêtement attachés à la limpidité du langage, ou au moins ajouter un lexique sur le site ?
    "Spin-off", "gateway", "stand-alone"… est-ce bien nécessaire ?

  2. Raphaël 13:53 05.05.2007

    J'aime aussi défendre la langue française, mais il faut bien qu'elle évolue comme elle l'a toujours fait.
    Quand des mots ou des tournures de phrase simples ne font pas l'affaire, pourquoi ne pas utiliser (et apprendre le sens) des mots qui deviennent usuels?
    Ainsi, "spin-off" n'est pas vraiment une suite mais plutôt un "produit dérivé", encore que ce terme de produit dérivé désigne aussi une tasse à l'effigie de Dark Vador; je préfère "spin-off".
    "Stand alone", c'est auto-suffisant? Encore une fois, je ne vois pas de traduction exacte.
    Bref, il y a des "other fish to fry", pensons y en mangeant notre bouillon de poulet aux légumes!

  3. Guillaume 17:50 05.05.2007

    Oui, Paul, en relisant mon article, je reconnais que j'ai peut-être un peu abusé de certaines formulations. Je crois que je fréquente un peu trop les sites anglophones (ou les "podcasts" - émissions de radio sur internet - dédiées au jeux de plateau).
    Petite traduction (et je vais modifier ma fiche en conséquence) :

    * "spin off" : mot à mot "déviation". Ce terme s'applique notamment aux séries télévisées dont on détourne un personnage ou un élément pour constituer une nouvelle série. Exemple : Star Trek : The Next Generation est un spin off de Star Trek (le classique). Donc, appliqué à Carcassonne, je veux parler de jeux à part qui reprennent en partie les mécanismes et le nom de Carcassonne mais en variant d'autres éléments (le thème, ajout d'autres mécanismes, etc.).

    * "stand alone" : le terme vient de Magic the Gathering (où certaines "extensions" pouvaient se jouer indépendamment du jeu de base). En fait, je parle toujours de cette même catégorie de jeux dérivées de Carcassonne, l'original.

    * "gateway" : passage, transition. J'essaye de dire en peu de mots (mais finalement sans être forcément suffisamment clair) : un jeu de transition entre les jeux classiques connus de tous (Monopoly, Scrabble, etc.) et les jeux plus confidentiels qui sont notamment cités sur Ludigaume.

    Bon, je n'avais pas forcément la sensation d'être aussi peu compréhensible... Y a-t-il d'autres de mes avis où tu as remarqué ce phénomène ?

  4. Paul 14:14 07.05.2007

    Alors là, je dis bravo ! C'est terriblement rare de rencontrer des gens capables de se remettre en question et de prendre en compte les critiques, et particulièrement celles portant sur le langage, ce reflet, non ce prolongement, de l'âme. Moi-même, j'ai beaucoup de mal !
    Le fait, voyez-vous, c'est que j'exerce le métier de traducteur, que je passe donc ma vie à chercher le moyen de tourner en français des trucs intraduisibles, car en vérité, il est impossible de tout rendre, de tout traduire, les langues ne se superposent pas.
    Mais à dire vrai, si j'ai choisi d'être traducteur, c'est justement à cause de ça : parce que ça m'agaçait de lire par exemple en bas de page : "jeu de mot intraduisible en français" ou de voir les vers traduits en prose. Bref, vous comprendrez que je sois quelquefois exaspéré de constater qu'un auteur ne fait pas l'effort de se creuser un peu la cervelle pour trouver un équivalent à un terme ou une expression étrangère, surtout quand l'expression en question est amenée à être fréquemment utilisée.
    Bref, j'ai relus l'article corrigé par Guillaume, et franchement : c'est-il pas mieux comme ça ? Qu'a-t-on perdu à ce petit travail de réinvention ?
    Bravo donc, encore une fois. Et mille mercis.

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