L'avis de Grunt

Plus de 10 parties jouées - 2 juin 2007
 
Top à Grunt
  preview

Fervent adepte des soirées Fireball, je joue à ce jeu depuis Février 2005 avec au moins plus de la moitié des parties soit avec l’auteur, soit avec l’éditeur. Si vous ne pensez pas trouver une certaine objectivité (toute relative j’en conviens) dans l’avis suivant, ne vous ulcérez pas à lire la suite :P

Quand on lit une première fois la recette, on craint l’indigestion devant la multiplicité des ingrédients : une gestion mixte de ressources (nourriture, bois, pierre, tissu et or) et d’argent, un nombre conséquent de bâtiments, un mécanisme d’activation de bâtiments, des moyens multiples et transverses de gagner des ressources/marquer des points…

Est-ce qu’on est pas en présence d’un plat qui à vouloir donner un jeu de gestion exigent n’en est que trop riche ? Quelques tours (de cuillère) et on se rend compte de la fluidité autour d’un mécanisme central somme toute assez simpliste (je pose des pions et je récolte). Tout s’imbrique pour satisfaire le palais, en dévoilant au fur et à mesure des parties ses arômes et sa délicate subtilité.

Il y a d'abord le prévôt aux niveaux multiples :
- celui passant en dernier ayant le plus grand pouvoir sur lui, il fait partie intégrante du système de passe, contrebalançant l’avantage de passer tôt (pièce bonus et placement plus coûteux pour les autres)
- un petit jeu du « si tu avances quand je recule » pour l’activation qui conduit à des négociations pimentées, et parfois quelques aigreurs d’estomac
- un marqueur de temps pour la partie accélérant la cuisson aux différents décomptes et pour certains, les carottes seront cuites avant l’heure.
A ce titre, la porte (un des bâtiments spéciaux) peut accroître la frustration autour du prévôt, surtout si la guilde est choisi.

En cours de partie, on est souvent tiraillé entre 2 voies principales.

D’une part le développement de la ville qui sera le moteur de la partie. D’une situation initiale où les ressources sont d’inégales raretés (du bois et de la nourriture communes, à la moins commune pierre puis au tissu, et enfin à l’inaccessible or), on se dirigera vers d’autres distributions inégales, qui influenceront complètement les décisions à prendre, que ce soient les positions à investir rapidement lors du placement, ou même les constructions suivantes (les combinaisons dans l’ordre de construction ayant leurs importances).

D’autre part le chantier du château source principale de points « directs » et de faveurs royales. Ces faveurs pourront servir tactiquement à combler un manque (d’argent, de ressources ou de bâtiments construits) mais seront également le principal moyen d’élaborer une stratégie (le plus souvent à court terme, sur 2 ou 3 tours de jeu). D’autant plus que l’auberge et le champ de joute seront des pierres d’angles pour véritablement révéler un investissement intensif dans cette voie.

Au final, un jeu de gestion pour opportunistes et hautement tactique, dont la multiplicité des moyens de marquer des points (entre construction de la ville, du château, ou conversion) permettra de retomber sur ses pattes. Le plus troublant, et c’est ce qui fait l’âme d’une grande recette, c’est de ne pas avoir un chemin clair vers la victoire : on rajoute une pointe de sel, une pointe de poivre, on goûte, on adapte, on recommence… Il va falloir sentir où le courant nous mène.

La cerise sur le gâteau: ce jeu est une merveille dès 3 joueurs. Je préfère personnellement à 3 ou 4 joueurs, mais du jeu à 2 plus cérébral, au jeu à 5 opportuniste où tout est rare, tous y trouveront leurs comptes. Et des stratégies toutes différentes et de puissances variables en fonction de ce nombre.

Rien de feint dans cet avis dithyrambique. Le plaisir est complet et véritablement, chaque partie de Caylus a pour moi été une évasion ludique réussie, d’autant plus que je ne cesse de m’étonner de son renouvellement. Et je ne refuse jamais une partie (même si c’est la troisième de la semaine). Il rejoint sans honte le panthéon des jeux qui m’impressionnent simplement par leurs mécanismes : Puerto Rico et Princes de Florence en tête de liste (et sans problème mon top 1).

Bref un régal !

 
  • Le renouvellement des parties (si on ne construit pas toujours les mêmes bâtiments)
  • La richesse et les voies de développement
  • Le prévot dans son coté tactique (activation du tour) ET stratégique (accélerateur de partie)
  • Les faveurs transverses
  • Excellent à 3 et 4 joueurs
 
  • Jeu à 5 à éviter en partie de découverte (beaucoup plus pauvre en ressources)
  • Jeu à 2 plus cérébral (la dimension négo disparait) et parfois trop scripté

6 commentaires

  1. Guillaume 12:47 03.06.2007

    Un avis éclairé qui témoigne d'un amour du jeu.

    "Le plus troublant, et c’est ce qui fait l’âme d’une grande recette, c’est de ne pas avoir un chemin clair vers la victoire : on rajoute une pointe de sel, une pointe de poivre, on goûte, on adapte, on recommence… Il va falloir sentir où le courant nous mène."

    Je me demande si finalement ce n'est pas un peu ça qui me dérange : je n'ai pas la sensation de progresser d'une partie de Caylus à une autre (même si je dois quand même me tromper un peu) car je n'arrive pas à m'appuyer sur mon expérience des parties précédentes pour être dans le flux du jeu.
    Ceci est également lié à la durée du jeu. Quand un jeu est court, il est plus facile de l'apprivoiser par la pratique.

    Des jeux comme Sankt Petersburg et maintenant Notre Dame offrent vraiment cette possibilité
    d'appréhension à l'usage des mécanismes. J'avoue les préférer à Caylus notamment pour cette raison.

    Il ne manque plus que l'avis de Jérôme et nous tiendrons le premier jeu sur lequel les 9 se seront exprimés !

  2. Grunt 09:32 04.06.2007

    Je comprends tout à fait ce que tu pointes:
    1. le côté non intuitif
    2. la durée de jeu
    Pour le premier point, il est vrai que Caylus est beaucoup plus tactique, et que l'apprentissage est plus dans une somme de petites actions et pas dans une grande ligne directrice (si on exclut les faveurs, la voie prestige et le timing de la partie, où il y a un minimum d'anticipation). Il y a beaucoup moins de ligne directrice que dans un Puerto Rico (où on sera un bâtisseur/carrière, marchand, ou capitaine massif ou diversifié) ou un Sankt Petersburg (dichotomie bâtiments/noble, avec le moteur thunes des artisans). Ce manque de clarté, ce côté brouillon des premières parties est certainement ce qui me plait le plus: il n'y a rien d'écrit.
    Ce qui mène au deuxième point et à la manière de jouer Caylus: je ne calcule que très occasionnellement à Caylus, privilégiant le plus souvent l'intuitif, par rapport à la réflexion brute. Ce qui implique que pour moi une partie de Caylus ne doit durer max que 2h (j'ai été jusqu'à 3h à 5 mais en découverte) parce que sinon les temps morts sont trop nombreux. Parce ce qui fait la richesse de Caylus n'est pas de tout optimiser mais principalement de sentir où le vent nous conduit (principalement les batiments construits qui vont conduire à des parties très différentes). Mes dernières parties, je me suis amusé à faire rentré beaucoup de bois (scierie en premier bâtiment, et parc en bâtiment en pierre, ou développer un recel de tissu grâce à l'atelier et la ferme en pierre puis le tisserand) pour voir comment les gens réagissaient (s'ils s'adaptaient ou non), et ce sont souvent les parties les plus intéressantes.

    Je suis un grand fan de Caylus depuis le début mais force aussi est de constater qu'il reste difficile d'accès (pas par sa complexité mais dans la manière de le jouer) et que je suis plutôt ravi de l'arrivée de Magna Carta (après un certain scepticisme initial)... Si tu as l'occase de le tester.

  3. Guillaume 06:11 05.06.2007

    Je ne sais pas si je suis le seul dans ce cas, mais j’ai naturellement tendance à plus me concentrer sur mes actions et mes ressources que sur celles de mes adversaires. Je n’ai pas forcément le réflexe de regarder systématiquement chez les autres ce qui leur reste pour leur faire un coup pendable : une stratégie qui indéniablement paye à Caylus. Les jeux qui me plaisent le plus sont donc soit des jeux où l’on est assez concentré sur son propre jeu pour réussir à « monter sa propre mayonnaise » (Sankt Petersburg, Notre Dame, Acquire…), soit des jeux où la lecture du jeu adverse est rapide ou immédiate (Ra, Genial, Tigre & Euphrate dans une certaine mesure). Dès qu’il faut pleinement et régulièrement « se mettre dans la peau de son adversaire », je décroche. Lorsqu’on joue à Caylus à 5, on fait les meilleurs tours lorsqu’on réfléchir à ce que chacun veux et que l’on coupe l’herbe sous le pied au juste moment. Le problème, c’est que cette réflexion est à mener pour soi et pour chaque joueur à la table et ce pour chaque ouvrier à placer.

    On en vient donc au second problème mentionné. Lorsque certaines personnes déploient ce niveau de réflexion, ceux qui ne veulent pas vraiment s’en donner la peine, ont l’impression d’attendre, d’attendre et d’attendre encore. Lorsque cette attente se répète pendant quatre à cinq heures, le bilan de la partie est plutôt morose. Il y a un vrai plaisir à acquérir un jeu à l’usage : de se rendre compte de tel ou tel phénomène après quelques parties et de mettre en pratique ses réflexions. A Caylus, la chose est difficile du fait de la durée du jeu.

    Je suis étonné, je l’avoue, de la manière dont tu pratiques le jeu. Celle-ci me paraît très comparable à ma propre perception du plaisir de jeu : rapide et instinctif. Pourtant, Caylus est à mes yeux un jeu très calculatoire où l’on peut peser chaque décision puisque, par définition, le hasard en est absent. Et si cette façon de procéder est rentable, il y aura toujours des joueurs pour le faire, quitte à rallonger la durée du jeu.

  4. Grunt 10:13 05.06.2007

    Non tu n'es clairement pas le seul
    Je pense qu'il est plus important de sentir et d'influer sur les ressources distribuées/dépensées que de priver temporairement un joueur d'une ressource précise, surtout à nombreux. Les places qui sont intéressantes pour toi le sont aussi pour les autres: tout sera question de "priorétiser". La config 5 joueurs n'est à mon avis pas la meilleure pour apprécier le jeu (je lui préfère la config 3 ou 4 joueurs, moins longues et moins pauvres). C'est vrai qu'en tant que jeu sans une once de hasard, et où tout est visible, cela nous invite à la réflexion. Mais je pense qu'il y a 2-3 calculs à faire dans la partie, et surtout une bonne dose d'adaptation le reste du temps. Et en effet je comprends que tu n'accroches pas si tes parties ont duré aussi longtemps (comme je l'ai dit, aussi syndrome du jeu où toutes les infos/possibilités sont disponibles). Bref pour moi Caylus doit se jouer intuitif et dynamique... J'ai souvent remarqué qu'on accélérait un peu quand une même personne prenait la responsabilité de résoudre la route rapidement une fois le prévot bougé (du style, "tiens 3 sous ton ouvrier", "ici quelle faveur?", "tiens ta bouffe")...
    Je suis complètement d'accord avec toi pour dire que la lecture est beaucoup moins évidente que les autres jeux que tu cites, et qu'il faut accepter d'avoir des parties brouillons, et de ne pas se dire "tiens je vais faire ça à tout prix" puisque c'est un jeu d'adaptation avant un jeu de planification.
    En tout cas si on se croise autour d'une table de jeu et que tu n'en es pas trop lassé, je serai ravi d'y rejouer avec toi.

  5. Guillaume 23:22 05.06.2007

    Et bien ce serait avec plaisir...
    On pourrait même faire un échange de bons procédés : je pourrais te démontrer l'intérêt de Tigre & Euphrate, un jeu tout désigné pour des amateurs de jeux "à l'instinct" !

  6. Grunt 10:56 06.06.2007

    Oui j'avoue que j'ai du mal avec Tigre & Euphrat Je suis vraiment impressionné par les mécanismes, leur logique et leur simplicité (toute relative), ainsi que la profondeur du jeu.
    Mais je n'arrive pas à plus accrocher que ça parce que j'ai toujours l'impression de prendre des retours de bâton quelquesoient mes actions. Et pourtant dans mon cercle d'amis joueurs, je n'ai que des inconditionnels d'Euphrat.
    C'est même devenu une blague récurrente "Thomas est là, et si on faisait un petit Rasende Roboter et un Euphrat". Mais heureusement on arrive souvent à se rabattre sur un Puerto Rico

Laisser un commentaire:


Pour animer votre commentaire:
:D    :)    :lol:    ;)    ?:    :(    >:(
Nous n'acceptons plus de lien dans le texte de vos commentaires afin d'éviter les spams.
Merci de votre compréhension